12 mars 2008
reliquat
Oscar n'avait pas reparu. Cependant au bout de quelques semaines, Gertrud avait reçu les premières pages de ce qui devint ensuite une abondande et délétère correspondance. Si l'accès aux lettres d'Oscar lui était totalement interdit, Philomène n'en percevait pas moins l'influence qu'elles étendaient sur le comportement de la jeune femme. Oubliés les longues après-midi, les incidents de parcours, le vieux bouc _car tel était son titre désormais_ se délectait en imaginant les abîmes dans lesquelles sa prose jetait Gertrud.
Tout se mêlait dans les propos de moins en moins cohérents qu'elle tenait à son réveil, à l'heure du repas, ou le soir. Tout se mêlait et revenait sans cesse. Toujours les mêmes histoires, Amilcar, le bébé... Et le temps perdait son sens si bien que Gédéon endossait à la fois toutes les responsabilités. Il n'était plus question pour la vieille de le faire accepter par sa mère, mais bien plutôt de le protéger de sa malveillance. Entre les hurlements de l'enfant et les cris, les injures, les crachats de Gertrud, Philomène n'eut bientôt plus la solution que de courber l'échine, d'avancer en regardant ses pieds. Son visage devenait froid, derrière ce mur tout se racornissait, se recroquevillait dans l'attente de jours meilleurs. Tout dans la demeure était triste et un peu monstrueux ; lorsque le soleil frappait aux carreaux on tirait les volets. Devant sa psyché on surprenait parfois Gertrud en train de lire une de ces lettres tout en posant pour un public absent sous la lumière artificielle qu'elle affectionnait. Là, enfin, tout se figeait dans l'attente imprécise d'un évènement grandiose.
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08 mars 2008
appréhension
La lampe de la cuisine jetait sa lumière blafarde sur une petite table rectangulaire aux pieds de métal. Le revêtement de formica bleuâtre sur lequel reposait le bol de Céline lui évoquait vaguement les ciels de ces mois où l'hiver regimbe contre la chaleur qui le pousse. De son chocolat au lait s'échappait un reste de vapeur; sur la table en face, Christine touillait son café dans un tintamarre qui horripilait la jeune fille. Elle soupira:
— Il t'a dit où il allait Papa?
Sa mère lui jeta un coup d'oeil indifférent en répondant par la négative. Depuis trois semaines, il n'avait pas passé un seul coup de fil. Elle doutait qu'il revienne un jour.
Céline demeura songeuse. Que serait la vie sans son père?

Sans doute s'en sortirait-elle.
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04 mars 2008
brouillon
Avait-il remarqué la mine défaite de Philomène?

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02 mars 2008
traits
Le vieil homme, le plus sérieusement du monde, avait pris dans ses mains les toutes petites paumes du nourrisson. Il les avait ensuite massées du bout de ses pouces, tournées sur le dos puis retournées en soupirant.
Philomène, à qui Gertrud finissait toujours par tout raconter, n'était pas aussi hermétique aux sciences occultes qu'elle l'aurait voulu. L'inquiétude qu'avait manifesté l'astrologue l'avait touchée, au point de la conduire dans ce cabinet de chiromancie par quelque chemin tortueux dont sa mémoire ne garderait pas une trace exacte. Elle s'était en quelque sorte réveillée assise là, le petit sur les genoux.
— Mmh... Avait fait le vieil homme à la sombre mine.
—Eh bien? La gouvernante, n'avait jamais levé les yeux du visage_ presque gracieux_ du bébé qui l'interrogeait.
—Eh bien, pas grand chose en réalité, voyez-vous, et il avait désigné une grosse ligne.
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28 février 2008
vagabond
— Ta mère et moi nous inquiétions tellement pour toi... Tu semblais tellement fragile, et regarde-toi aujourd'hui!
Le tonton radotait, Gédéon ne l'écoutait plus, passait des après-midi entières à regarder par la fenêtre les contours aqueux tracés méthodiquement à cette drôle de cité.
Depuis trois semaines qu'il visitait Oscar, il y prenait ses habitudes. Là, il apercevait le café où il entrait chaque matin pour causer avec le serveur français; plus haut, il y avait des allées, des ponts qu'il empruntait régulièrement, en manière de promenade. Amsterdam l'assimilait lentement à son paysage, elle ne s'étonnait plus de le voir passer, ennième âme égarée en son sein. Il y tournait, s'y arrêtait, reprenait son chemin, s'habituait à cette sorte d'inaction déambulatoire. Il goûtait avec une curieuse volupté sa condition d'étranger. Sa présence, superflue, était un ornement de plus au tableau dérisoire que se faisaient les touristes de la ville.
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25 février 2008
faute
Le petit pleurait à chaudes larmes maintenant. À bord de l'auto, une main tremblante sur le contour d'osier du panier, Gertrud n'osait bouger. Était-il sale, avait-il faim? Sa lèvre supérieure frémissait tandis qu'un oeil hagard cherchait désespérément à croiser le regard du chauffeur. Elle ne pouvait rien dire, sous peine d'empirer les choses, mais elle brûlait de crier elle aussi, sans trop comprendre pourquoi.


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20 février 2008
marche

Elle était très impressionnée par le jeu incessant de ses sourcils. Sur les genoux, elle portait le panier. Oscar l'avait laissée entrer seule dans ce bureau exigu où le prêtre officiait. Le thème astral de Gédéon était formel : sa destinée se révélait tout à fait exempte d'originalité. Mais le père Anatole tenait à rencontrer l'enfant afin de confirmer par la voyance les révélations astrales.
Il craignait que cette présence nouvelle venue ne déséquilibre la fragile harmonie qui régnait autour. Ce que, prenant le pouls au poignet potelé du nourrisson, il confirma à demi-mot. Le bébé pleurait sans conviction, comme pour marquer sa désapprobation à ce toucher clinique.
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18 février 2008
Routes
Le temps était maussade, la matinée s'étirait indéfiniment le long du fossé. À l'arrière de la grosse voiture, la passagère observait peut-être le paysage comme l'aurait fait un détenu le jour de sa libération.

À son côté, le panier balloté sur les cahots de la route, laissait parfois échapper un léger geignement. Le bébé dormait.
Gertrud avait décidé de l'emmener chez une connaissance d'Oscar. Elle espérait vaguement éclaircir le mystère qui entourait le petit être. Car à la fin, elle ne comprenait pas le sens de cette existence minuscule à laquelle il semblait voué.
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16 février 2008
moustiques
" Tu le sais, je n'aime pas jouer les oiseaux de malheur, mais ton petit, je l'ai bien regardé, il avait un je ne sais quoi, un détail qui me gênait... Eh bien il me semble que c'est dans ses yeux, vois-tu... il a quelque chose de malsain."
Après avoir surpris ces propos, Philomène ne se permit plus de douter que la présence de l'oncle Oscar avait quelque chose de fétide. S'il s'en prenait à l'enfant, il tâterait du rouleau à pâtisserie. En attendant, elle n'avait aucune idée sur la manière dont elle devait s'y prendre pour infléchir le jugement de Gertrud en faveur de son fils.
Au moins, cette dernière s'intéressait-elle désormais au contenu du berceau. Les pleurs de Gédéon ne lui auraient de toute façon pas laissé le choix, qui retentissaient jusque sur le chemin du domaine. Elle posait toutes sortes de question à sa servante, qui tentait de répondre avec autant de précision que son expérience lui permettait. Cela tournant souvent autour des fonctions digestives, Gertrud grimaçait avant de chasser les propos de sa duègne aussi bien qu'un insecte horripilant. Mais elle demeurait perplexe, et certaines attitudes trahissaient son intérêt. Philomène se prenait à espérer.
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13 février 2008
argile
Gertrud se relevait lentement, elle n'avait que peu d'énergie à consacrer à Philomène, et à son enfant. Oscar l'accaparait, il avait l'art de transformer un après-midi morose en confettis, le temps prenait la forme de vagues intervalles entre deux discussions. Les semaines passaient, Philomène désespérait de déposer Gédéon dans les bras de sa mère. À chacune de ses tentatives, Gertrud ignorait superbement l'enfant, ne posait pas même les yeux sur lui, au point que, désarmée, la gouvernante s'en retournait sans mot dire.

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