28 juin 2009

Emile VII

Les deux jeunes gens marchaient lentement. La nuit était blafarde, éclairée par une lune entourée de brumes fines. Sur le bitume du pont où l'humidité reflétait les faibles lueurs des lampadaires, il ne passait plus personne que le couple qu'ils formaient. Sans se parler, ils étaient pris des mêmes transports, entendaient leurs coeurs battre à l'unisson. Devant eux, ils distinguaient les mêmes dangers dans les ombres qui se profilaient au bout du pont. Sarah, devant, ralentissait son pas félin à mesure qu'elle avançait sous l'éclairage pâle d'un réverbère. Loin en dessous, le Tarn s'écoulait, d'un noir d'encre, dans un silence troublant. À peine entendait-on le tumulte étouffé de la chaussée, plusieurs centaines de mètres en amont.

Quand elle n'y tint plus, Sarah se tourna vers son camarade. Frissonnant, elle lui demanda:

"Tu restes avec moi, c'est sûr?"

Cyril s'approcha d'elle et lui prit la main.

"Je resterai toute la nuit si tu veux."

Leurs deux sensibilités cheminaient ensemble, et sous l'emprise des stupéfiants leurs motivations divergeantes n'avaient plus de réelle importance. Leurs volontés s'estompaient, laissant la place libre aux seules émotions. L'espoir et la crainte s'exprimaient en un même tremblement. Le froid les enveloppait, il titubaient et leurs mains se perdaient souvent. L'ombre portée sur l'asphalte ressemblait à un animal monstrueux et pathétique, une bête à l'agonie en quête de repos éternel.

"Où veux-tu aller?" demanda Cyril;

Sarah regardait dans l'ombre, elle laissa échapper un soupir.

"Je veux descendre au bord de l'eau" répondit-elle enfin.

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