08 juin 2009
Emile VI
"Tu me fatigues ce soir" rétorqua Cyril. Et il se tut.
Après un silence:
"Qu'est-ce que tu as apporté au juste?"
Sarah l'avait écouté distraitement, tout en fouillant dans un sachet.
"J'ai rencontré ce type, à Toulouse, et regarde ce qu'il m'a filé" dit-elle.
Dans sa main elle tenait un petit comprimé blanc. Cyril ne savait pas au juste ce qu'il en était. Il ne trouva rien à dire. La petite place désertée reprit son air lugubre. Sarah ne jouait plus.
"Tiens!" dit-elle simplement.
"ça s'appelle de l'extasy... c'est démentiel, tu vas voir!"
Sur le pont on entendit une automobile passer lentement. Le faisceau de ses phares n'éclairait pas les deux jeunes gens en contrebas, qui demeuraient immobiles et silencieux. Sarah était maintenant assise à côté de Cyril, ils ne se touchaient pas. Les liens qui les unissaient avaient l'étrange particularité de les tenir à distance l'un de l'autre. Ni baisers, ni étreintes ne venaient établir la réalité de la tendresse qu'ils éprouvaient.
Sarah était enveloppée dans un caban de feutre brun qui lui descendait jusqu'aux genoux. Elle cachait ses mains dans les poches de ce dernier et enfouissait son visage dans le col relevé d'où s'élevait parfois un nuage de vapeur ou de fumée. On ne voyait de sa tête que le bonnet qui couvrait sa chevelure noire. Certaines filles portent encore sur la tête ce genre de couvre-chef qui leur donne un faux air de garçon prépubère.
Quand elle eut assez chaud, sa tête émergea hors du manteau. Son visage pâle se détachait sur les ombres que jetaient ses cheveux. Malgré son jeune âge, elle avait tout d'une femme. Son charme résidait dans ces trais fins mais déjà affirmés, ignorant les rondeurs et les dérobades propres à trahir l'innocence des jouvencelles.
21:52 Publié dans Villemur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature, roman, écrire


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