01 juin 2009
Emile V
Il était vêtu tout de noir, hormis une vieille chemise de lin dont le col dépassait de son blouson de cuir. Sa chevelure, épaisse et bouclée, s'élevait vigoureusement au dessus du front sur lequel elle était planté, jetant par moments des éclats anthracite. La lune apparaissait maintenant, éclairant le visage terne du jeune homme. Il jouait sans entrain avec le briquet qu'il tenait dans la main, l'allumait pour passer ses doigts au dessus de la flamme vacillante, l'éteignait et le pressait sur sa paume pour en éprouver la châleur. Il était absorbé dans quelque rêverie quand du haut du pont lui parvint une voix étouffée.
"Cyril, c'est toi?"
Il se mit debout brusquement, et d'un geste vif sa main déposa le briquet au fond de sa poche. Comme il ne répondait toujours pas, la voix se répéta, agacée.
"Oui, c'est moi, répondit-il enfin d'une voix faible et basse, vaguement essoufflée... Attends, j'arrive"
Mais il n'avait pas eu le temps de bouger que la jeune fille avait sauté sur le gravier, avec une aisance de danseuse. Elle se redressa et lui lança un sourire superbe. À la charge d'orgueil dont elle faisait montre après sa petite prouesse, on devinait qu'elle n'était pas coutumière de ce genre d'acrobaties. Mais, pour une obscure raison, elle tenait à en imposer à son camarade. C'est pourquoi au lieu de le saluer d'une manière convenue, elle approcha son visage de celui de Cyril au point que leurs deux nez se touchèrent presque.
Quand elle eut repris sa respiration, elle lui demanda
"Bonsoir, beau brun, je ne t'ai pas trop fait attendre?"
Puis se recula en pouffant. Cyril ne rit pas ; de toute évidence, il se languissait. Il se rassit sur le muret et laissa ses jambes se balancer doucement. Il posait sur la demoiselle gracile un regard amer.
"Tu as apporté ce que tu avais promis?" parvint-il seulement à dire quelques instants plus tard.
La jeune fille continuait à plaisanter : "Sarah a tout ce qu'il te faut" dit-elle en roulant les "r" à la manière d'une soviétique d'opérette. Elle s'était redressée dans une pause proche du garde-à -vous.
22:42 Publié dans Villemur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, littérature, roman, écrire


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