25 mai 2009

Emile IV

Le garçon avait un air gracieux, presque fragile. Le duvet qui ornait ses joues rebondies, quelques comédons autour de son nez révélaient sa jeunesse. Il n'avait pas dix huit ans, et son âge lui conférait une beauté précaire. Le visage oblong ressemblait à une pierre polie par le ressac. Il y avait si peu de proéminences sur cette tête lisse que soutenait un menton rond, qu'il aurait été presque impossible d'imaginer à quoi elle ressemblerait plus tard. Les mollesses de ses traits indiquaient combien peu il était enclin aux froncements. Tout était enfance sur ce visage, jusqu'à la moue que ses lèvres charnues s'amusaient à mimer sans raison. Il était de ces êtres tièdes chez qui une nervosité excessive tient lieu de vigueur.

Il scrutait maintenant le ciel où la brume se dissipait, la tête rejetée en arrière, les jambes pendant le long du muret. C'était un enfant mince, aux membres allongés. Ses mains encore fines avaient des épaisseurs aux jointures qui laissaient deviner l'apprenti tout juste embauché. Elles n'étaient pas encore larges comme elles le deviendraient, mais on pouvait y déceler la naissance de ces forces que le routine ouvrière façonne.

À sa façon de se tenir assis, à ses membres, plus souvent alanguis que tendus, il semblait une nature indolente; mais l'avidité de son regard et la brusquerie des gestes que le moindre bruit déclenchait venaient contrarier cette impression. Seul au milieu de la nuit, son inquiétude perpétuelle s'exprimait sans doute plus qu'ailleurs et, dans certaines attitudes, il ne ressemblait plus exactement au petit homme qui était descendu là. Il avait des manières d'animal vorace, aux abois, prêt à briser la fine enveloppe de civilisation qui le contenait encore. L'éducation sommaire qu'il avait reçu ne suffisait assurément pas à contrarier ce penchant, déjà proche de prendre un ascendant néfaste sur lui. Pauvre hère, condamné à rechercher un assouvissement immédiat, tenaillé par une soif furieuse qui ne connaissait pas son objet. Aussi ceux et celles qui le côtoyaient devaient-ils percevoir une vague dangerosité enveloppant cet être d'apparence si frêle.

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