01 mars 2009

Charles XVI

Quoi qu'il fasse, il retournait toujours au collège. Même les week-ends étaient envahis de devoirs, et souvent ils se finissaient tard. Une fois sur deux, il réalisait en arrivant en cours qu'il avait compris l'exercice tout de travers. Il faisait mine de ne pas avoir fait son travail. Valait mieux être fainéant qu'imbécile.

Il n'y avait qu'en sport qu'il était tranquille de ce côté-là. Pas besoin de réfléchir, il suffisait de faire ce qu'on lui disait. Il n'était pas bon avec un ballon entre les mains, mais il ne dérangeait pas le jeu. Certains étaient trop gros ou avaient trop de boutons, et ils dégoûtaient les autres élèves. La composition des équipes était comme une guerre des nerfs entre les deux capitaines qui choisissaient les derniers joueurs avec une attention très particulière. "Non! si on prend Pascal, on est foutus!" Il n'était pas rare d'entendre un truc du genre.

Charles passait inaperçu. Il avait un peu honte de sa tenue qu'il traînait depuis la sixième; il ne voulait pas trop se déshabiller dans le vestiaire et gardait souvent son short sous son pantalon après le cours. Parfois une fille le bousculait pendant un match et le traitait de nain ou de mauviette. Mais il aimait bien marcher jusqu'au gymnase, sortir un peu.

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En quatrième, le cours de sport était le jeudi à dix heures. M. Desmarais les faisait sans arrêt courir ou sauter des haies, un véritable obsédé du chronomètre. Quand ils avaient tous bien couru, les vestiaires puaient la sueur, les pieds. En plus de ça, il y avait une bande de salopards qui s'amusaient à pisser dans les coins. On les traquait en vain. Une fois passé par là, avec son t-shirt à moitié trempé sous son sweat, Charles n'avait pas envie d'aller manger. Rentrer là-dedans, la bousculade et les odeurs de purée ou de friture.
Un midi, il arriva dans la cour déserte. Quand il eut passé le garage à vélo, il remarqua un attroupement sous l'entrée du côté du réfectoire. Il y avait peut être cent élèves assis par terre, c'était invraisemblable. Charles repéra Éric, avec qui il causait parfois.
—Eh, Charles! Viens t'asseoir!
Il y avait un peu de place à gauche d'Éric.
—Il se passe quoi?
—Figure-toi que le principal veut nous interdire de bécoter les filles dans la cour. Comme on est pas d'accord, on fait un sit-in, mec!
Charles regarda tous ces imbéciles heureux assis autour de lui. Il aurait bien roulé un patin à l'une ou l'autre des gonzesses qui étaient là. Il s'installa à côté d'eux.