18 février 2009
Charles XV
Un Samedi, Sébastien était passé le prendre. Il n'était plus au collège, Charles n'avait aucune idée de ce qu'il faisait maintenant, à part lui coller aux basques de temps en temps. Ils avaient traversé le pont neuf avec des cannes à pêche. Au bord du Tarn, Sébastien avait sorti de sa poche une boîte d'asticots.
—Je les garde au frigo, comme ça ils peuvent rester hyper longtemps dans la boite sans mourir.
Charles n'osait pas imaginer ce que contenait d'autre le frigo de Sébastien.
Il fallait enfiler l'hameçon à travers un asticot de manière à ce que le poisson s'accroche en fermant la bouche. L'asticot gigotait, il avait deux petits yeux noirs. Charles grimaçait. Il empala la première bestiole.
—Jette ta ligne!

Le bouchon ne tardait pas à plonger. S'en suivait une bordée de jurons. Sébastien se ruait sur la canne et tirait en l'insultant. Charles devait s'écarter pour ne pas être jeté à l'eau. Une fois le poisson sorti, Sébastien l'approchait de son visage, pendu au bout de sa ligne. C'était comme s'il voyait au travers.
—Putain, encore un poisson chat! y'a que ça dans c'te putain de rivière!
Avec un petit bâton, il avait décroché le poisson. Puis il l'avait jeté par terre, piétiné. Il bougeait encore. Sébastien avait ramassé une grosse pierre et lui avait balancé peut pêtre cinquante fois sur sur la tête. On ne voyait plus où s'arrêtait le poisson et où commençait la terre. Sébastien baissa sa braguette et pissa dessus.
Ses cheveux gras lui collaient aux joues, il était tout rouge et riait fort. Charles le trouvait plutôt cool. Il ressemblait à Huckleberry fynn.
Ils avaient passé la journé à tuer d'autres poissons. Une bonne vingtaine en tout.
Quand Charles rentra, sa mère n'était pas là. Le week-end avait parfois du bon.
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07 février 2009
Charles XIV
Il avait fumé pour la première fois dans les toilettes, sous le préau. En sortant du cours de musique, il était tombé sur deux gars en train de craquer des allumettes. Le premier l'avait menacé de lui éclater la tête contre le lavabo, l'autre lui avait proposé de tirer sur sa clope. C'était bizarre, il aimait bien.
Quelque temps après, un cinquième s'était fait attraper au même endroit. C'était pas une bonne planque, les pions passaient tout le temps. Il y en avait qui fumaient derrière les bâtiments, du côté des salles de bio, mais les agents de service traînaient pas loin. Même s'ils fermaient souvent les yeux, fallait pas trop abuser.
Charles achetait ses paquets de Marlboro à la station service près de l'école primaire. Il lui avait suffi la première fois de dire que c'était pour sa mère, on ne lui posait plus de question.
Le jeudi, après manger, c'était Camille la pionne qui surveillait du côté du portail. On ne savait pas si elle était stupide ou si elle le faisait exprès, elle passait son temps à discuter avec trois ou quatre filles qui gloussaient comme des dindes. Quand elle avait le dos tourné, quelques malins en profitaient pour sauter par dessus le portail. Charles était souvent avec eux. Ce n'étaient pas vraiment des copains, mais comme il avait le cran de les suivre, ils le respectaient d'une certaine manière. Dans les rues du lotissement à côté du collège, on était tranquille. À quatorze heures, ils se glissaient parmi les externes pour rentrer. Parfois, un pion un peu soupçonneux les regardait de travers:
—T'étais pas censé manger ici, toi?
Il s'agissait alors de soutenir le regard.
—Non, jamais le jeudi!
Il laissait tomber. Il préférait sûrement ne pas en savoir plus, ça aurait fait vilain pour la collègue.
De l'autre côté de la rue, il y avait le Leclerc, et le grand jeu c'était d'aller y traîner entre midi et deux. Il y en avait qui planquaient des sacs de bonbons dans le Bombers, d'autres avaient fait un trou dans la paroi en fer, au fond du magasin, et y glissaient de petits trucs, comme des règles ou des gommes. Le petit jeu s'était calmé quand ils avaient attrapé Frédéric, un mardi. Ce couillon s'était fait prendre avec un paquet de capotes dans la poche. ça avait fait du bruit. Il avait eu droit à tout. Retenu dans le bureau du patron, les parents, les gendarmes. Après, on avait réuni tout le monde dans la cour, devant le préau.

Au fond, on voyait Frédéric, assez grand et l'air emmerdé, encadré par le directeur et un autre gars en costard. Le bruit courait que c'était le patron du supermarché. Autour des élèves, les pions et les profs causaient, faisaient des plaisanteries. Les élèves avaient l'air de prendre ça plus au sérieux. Derrière Charles, quelqu'un lâcha:
—Paraît même qu'ils vont faire payer une amende à ses parents.
Certaines filles avaient les yeux ronds et le visage blême.
—Ah ouais, reprit un autre en ricanant, ça craint!
Le silence se fit, on jouait des coudes et on tendait le cou pour écouter parler le principal, qui fit un long discours sur la gravité de ce geste, sur cette situation qui ne pouvait plus durer. Certains troisièmes tentaient quelques vannes à la volée, histoire de montrer qu'ils n'étaient pas impressionnés. Mais sans conviction. Ensuite le patron du Leclerc prit la parole et expliqua la loi, fit un peu de morale. Charles sautait d'un pied sur l'autre pour se dégourdir les jambes. On les laissa enfin retourner en classe. Pendant deux jours les récréations furent très calmes. On ne parlait que de Frédéric.
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