23 janvier 2009
Charles XIII
Le collège n'était pas très différent du primaire. Charles n'avait pas grandi autant que les autres. Beaucoup d'entre eux faisaient du sport, ou passaient leur temps à se battre. Ils devenaient des durs. Lui, non. On aurait dit qu'il n'était pas prêt à grandir. Et ses dents de lait pourries ne voulaient jamais tomber.
Les profs avaient moins de pouvoir sur eux que les instituteurs, mais ils leur en faisaient souvent baver pendant les cours. En dehors, c'étaient les pions qui prenaient le relais. Toujours à surveiller, certains comme Sophie discutaient avec les élèves pour connaître les derniers ragots. Le collège, en règle générale, Charles le trouvait malsain.
Dans la cour, le gros Cédric faisait la loi. Lui, il savait y faire pour cogner sur les autres; quelques beignes en passant, il n'était jamais pris. Charles y avait droit régulièrement.

Quand il n'avait pas d'argent pour acheter des bonbons à la boulangerie, il passait par le parc pour rentrer. Il ramassait des graviers qu'il jetait aux bestioles. Il visait plutôt bien. Il aimait aussi regarder les couples qui se bécotaient sur les bancs ou derrière les arbres. Il enviait les mecs du collège qui changeaient de fille tout le temps. À force, un de ces mecs l'avait repéré une fois.
Il avait surgit derrière lui, l'avait chopé par le col.
—Eh, tu arrêtes ça maintenant.
Comme il le soulevait du sol, Charles avait eu la trouille. Il était à la limite de se pisser dessus, ne savait pas quoi dire. L'autre l'avait finalement lâché sans le tabasser. Il avait eu de la chance.
Il était rentré chez lui avec une boule coincée dans la gorge. Quand il eut fermé la porte, la boule se décoinça.
Il avait pleuré un peu. Après ça il ne passa plus dans le parc pendant un moment.
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08 janvier 2009
Charles XII
—Tu me dis si je te fais mal.
Il grattait derrière les dents avec une sorte de pointe, ça n'était pas vraiment douloureux. Ce fut assez long. Sur le poste la musique ne changeait pas. Charles s'ennuyait, il avait envie d'avaler sa salive.
Le dentiste tira son masque vers le bas, il n'arrêtait pas de le triturer, comme un collier. Charles se rinça et il retira la lampe.
Assis sur une chaise à roulettes, il avait les coudes sur les genoux et les mains jointes.
—Bon, fit-il. Sa façon de regarder Charles ne lui plut pas.
Il se mit à lui raconter tout un tas d'histoires, son cas était rare, ces dents-là auraient dû tomber depuis longtemps...
"Connard" pensait Charles. Il n'y avait rien à faire, juste une visite de temps en temps pour voir où on en était. Il lui avait prescrit un truc pour bien nettoyer tout ça.
Charles sortit du cabinet et croisa une petite fille avec sa mère. Elle avait un appareil pas possible qui lui sortait de la bouche.
—Ah, Ma chère petite Marie! comment ça va aujourd'hui? La petite ne répondit rien au dentiste, c'était sans doute lui qui lui avait posé l'appareil.
Dehors la rue était calme. Charles s'assit sur un banc, il avait emmené des biscuits dans ses poches qu'il commença à manger. il aimait bien regarder ses pieds se balancer l'un après l'autre et se croiser.
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05 janvier 2009
Charles XI
Au moins, elle ne lui avait pas parlé de ses dents. Elle était élégante. Il était content qu'elle l'ait conduit.
Derrière la porte de verre dépoli, la salle d'attente était pleine de gamins. Leurs mères essayaient de les distraire en leur parlant tout doucement. Charles murmura un bonjour et s'assit sur la chaise libre. Le dentiste ouvrit la porte de son cabinet et serra la main à une petite fille, puis à sa mère. Il était assez vieux. Il n'avait pas de cheveux sur la tête, seulement sur les côtés de grosses touffes frisées. Il y avait des peaux mortes qui se détachaient de son crâne. Charles se rappelait des petits tas de purée sur la tête de Porky. Il prit le Paris Match sur la petite table et fit semblant de lire. Les mamans chuchotaient, on entendait le bruit de la fraise à travers la porte. De temps en temps il y avait un gémissement. Le dentiste ouvrait la porte, il disait au revoir, perdait une grosse pellicule et au suivant.
Charles était plutôt fier d'être venu seul. Certains des autres enfants étaient plus grands que lui, et quand leurs mères le regardaient il se redressait sur la chaise. Il n'avait pas peur. Il n'avait pas besoin de sa mère, ni de personne d'autre.
Ce fut son tour. En entrant, on entendait de la musique qui jouait sur un tout petit poste à piles, sur une étagère. Ce devait être du Mozart, quelque chose comme ça. Le docteur l'installa tout de suite sur le fauteuil. Il avait peur de le salir avec ses chaussures.
—Ouvre la bouche! Il braqua sur Charles sa grosse lampe qui éblouit.
Le temps qu'il rouvre les yeux, le docteur avait enfilé un masque de chirurgien.
Il frémit.
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