19 décembre 2008
Charles X
Ce mercredi après-midi, sa mère s'était décidée à l'envoyer chez le dentiste. Elle lui avait laissé un chèque sur la table de la cuisine, et des papiers qu'il devait donner au docteur. Une amie à elle, Madame Planchon, passerait le prendre avec sa voiture. Il y avait pas mal de route pour se rendre à Bessières. À treize heures trente, Mme Planchon avait garé sa vieille Ford dans la rue en bas.

Elle sonna. Elle était grande, portait les cheveux courts.
—Bonjour, je suis Monique.
Elle lui plaisait bien. Il se retint de sourire.
Elle lui ouvrit la portière du passager, c'était la première fois qu'il montait à l'avant d'une voiture. Elle démarra, et cinq minutes après commença à lui poser tout un tas de questions.
—Alors, comment ça se passe à l'école? tu fais du sport? tu ne fais pas trop de bêtises avec les copains?
Charles regardait par la vitre les lotissements qui défilaient, les panneaux. Il ne répondait pas. Le voyage parut durer une éternité. Il n'y avait pas d'auto radio.
Il avait espéré qu'elle l'accompagnerait au moins jusqu'à la salle d'attente. Quand elle arrêta la voiture, elle lui sourit.
Sur la place, il y avait des bancs sous les arbres.
—tu m'attends là quand tu as fini, d'accord?
Charles traversa la rue tout seul.
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10 décembre 2008
Charles IX
À midi moins cinq, on sortait des classes et on se mettait en rang dans la cour. Chaque instituteur appelait ses élèves, on pouvait aller manger. Seulement des fois la comédie durait un long moment. Le directeur, Monsieur Roque, prenait un malin plaisir à retarder l'entrée de sa classe au réfectoire. Un jour sur deux, ses CM1 devaient rester là, à se tenir la main pendant que tous les autres les regardaient par la fenêtre.
À l'intérieur, une vieille dame faisait le tour des tables avec son gros grain de beauté poilu qui coupait l'appétit sur le bras. Elle servait la purée dans des grandes louches. Quand elle entendait ricaner, elle en fouettait l'air. Elle avait toujours un mégot qui pendait de sa bouche, elle faisait la grimace.
Sébastien était encore venu s'asseoir à sa table. Charles avait posé sa fourchette, de toute façon il n'avait pas très faim.
Jean avait commencé en allant chercher une carafe d'eau: —Eh Porky, tu t'es trouvé un petite copine? un autre, plus loin avait ajouté: — Les Porky ça baise les moutons maintenant? Charles n'était pas allé chez le coiffeur depuis longtemps, on aurait dit Mickael Jackson. Il enfonça un doigt dans sa chevelure et commença à entortiller une mêche. Il avait baissé la tête, Porky mangeait comme si de rien n'était. Il souriait presque. Un petit tas de purée tomba sur ses cheveux longs. Charles tourna la tête pour voir d'où ça venait.
—Eh!
Un autre tas vint s'écraser sur leur table. Puis un autre, et puis ce fut comme une pluie épaisse. Charles ne se leva pas. Il détestait ces connards, il détestait encore plus Sébastien. Les autres devaient penser qu'ils étaient pareils tous les deux, mais Charles non. Ils attendaient tous les deux que ça cesse.
Quand ce fut fini, ils n'osèrent pas se regarder en face. Charles se leva, essuya son sweat avec sa serviette et partit aux toilettes. Il passa presque tout le temps de la pause à nettoyer ses cheveux et ses habits, puis à les frotter pour les sécher. Sébastien s'était contenté d'enfiler son blouson par dessus sa chemise. À la fin de la journée, il avait de gros flocons jaunâtres, comme d'immenses pellicules dans les cheveux.
Il rattrapa Charles au portail. Ils marchaient tous les deux en regardant par terre. Après le pont, Sébastien continuait tout droit. Il était déjà loin quand il se retourna:
—Tu fais quoi demain? Mon Père il m'emmène pêcher! tu veux venir?
—Non, je vais chez le dentiste!
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