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12 mars 2008

reliquat

    Oscar n'avait pas reparu. Cependant au bout de quelques semaines, Gertrud avait reçu les premières pages de ce qui devint ensuite une abondande et délétère correspondance. Si l'accès aux lettres d'Oscar lui était totalement interdit, Philomène n'en percevait pas moins l'influence qu'elles étendaient sur le comportement de la jeune femme. Oubliés les longues après-midi, les incidents de parcours, le vieux bouc _car tel était son titre désormais_ se délectait en imaginant les abîmes dans lesquelles sa prose jetait Gertrud.

 

    Tout se mêlait dans les propos de moins en moins cohérents qu'elle tenait à son réveil, à l'heure du repas, ou le soir. Tout se mêlait et revenait sans cesse. Toujours les mêmes histoires, Amilcar, le bébé... Et le temps perdait son sens si bien que Gédéon endossait à la fois toutes les responsabilités. Il n'était plus question pour la vieille de le faire accepter par sa mère, mais bien plutôt de le protéger de sa malveillance. Entre les hurlements de l'enfant et les cris, les injures, les crachats de Gertrud, Philomène n'eut bientôt plus la solution que de courber l'échine, d'avancer en regardant ses pieds. Son visage devenait froid, derrière ce mur tout se racornissait, se recroquevillait dans l'attente de jours meilleurs. Tout dans la demeure était triste et un peu monstrueux ; lorsque le soleil frappait aux carreaux on tirait les volets. Devant sa psyché on surprenait parfois Gertrud en train de lire une de ces lettres tout en posant pour un public absent sous la lumière artificielle qu'elle affectionnait. Là, enfin, tout se figeait dans l'attente imprécise d'un évènement grandiose.