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28 février 2008
vagabond
— Ta mère et moi nous inquiétions tellement pour toi... Tu semblais tellement fragile, et regarde-toi aujourd'hui!
Le tonton radotait, Gédéon ne l'écoutait plus, passait des après-midi entières à regarder par la fenêtre les contours aqueux tracés méthodiquement à cette drôle de cité.
Depuis trois semaines qu'il visitait Oscar, il y prenait ses habitudes. Là, il apercevait le café où il entrait chaque matin pour causer avec le serveur français; plus haut, il y avait des allées, des ponts qu'il empruntait régulièrement, en manière de promenade. Amsterdam l'assimilait lentement à son paysage, elle ne s'étonnait plus de le voir passer, ennième âme égarée en son sein. Il y tournait, s'y arrêtait, reprenait son chemin, s'habituait à cette sorte d'inaction déambulatoire. Il goûtait avec une curieuse volupté sa condition d'étranger. Sa présence, superflue, était un ornement de plus au tableau dérisoire que se faisaient les touristes de la ville.
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25 février 2008
faute
Le petit pleurait à chaudes larmes maintenant. À bord de l'auto, une main tremblante sur le contour d'osier du panier, Gertrud n'osait bouger. Était-il sale, avait-il faim? Sa lèvre supérieure frémissait tandis qu'un oeil hagard cherchait désespérément à croiser le regard du chauffeur. Elle ne pouvait rien dire, sous peine d'empirer les choses, mais elle brûlait de crier elle aussi, sans trop comprendre pourquoi.


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20 février 2008
marche

Elle était très impressionnée par le jeu incessant de ses sourcils. Sur les genoux, elle portait le panier. Oscar l'avait laissée entrer seule dans ce bureau exigu où le prêtre officiait. Le thème astral de Gédéon était formel : sa destinée se révélait tout à fait exempte d'originalité. Mais le père Anatole tenait à rencontrer l'enfant afin de confirmer par la voyance les révélations astrales.
Il craignait que cette présence nouvelle venue ne déséquilibre la fragile harmonie qui régnait autour. Ce que, prenant le pouls au poignet potelé du nourrisson, il confirma à demi-mot. Le bébé pleurait sans conviction, comme pour marquer sa désapprobation à ce toucher clinique.
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18 février 2008
Routes
Le temps était maussade, la matinée s'étirait indéfiniment le long du fossé. À l'arrière de la grosse voiture, la passagère observait peut-être le paysage comme l'aurait fait un détenu le jour de sa libération.

À son côté, le panier balloté sur les cahots de la route, laissait parfois échapper un léger geignement. Le bébé dormait.
Gertrud avait décidé de l'emmener chez une connaissance d'Oscar. Elle espérait vaguement éclaircir le mystère qui entourait le petit être. Car à la fin, elle ne comprenait pas le sens de cette existence minuscule à laquelle il semblait voué.
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16 février 2008
moustiques
" Tu le sais, je n'aime pas jouer les oiseaux de malheur, mais ton petit, je l'ai bien regardé, il avait un je ne sais quoi, un détail qui me gênait... Eh bien il me semble que c'est dans ses yeux, vois-tu... il a quelque chose de malsain."
Après avoir surpris ces propos, Philomène ne se permit plus de douter que la présence de l'oncle Oscar avait quelque chose de fétide. S'il s'en prenait à l'enfant, il tâterait du rouleau à pâtisserie. En attendant, elle n'avait aucune idée sur la manière dont elle devait s'y prendre pour infléchir le jugement de Gertrud en faveur de son fils.
Au moins, cette dernière s'intéressait-elle désormais au contenu du berceau. Les pleurs de Gédéon ne lui auraient de toute façon pas laissé le choix, qui retentissaient jusque sur le chemin du domaine. Elle posait toutes sortes de question à sa servante, qui tentait de répondre avec autant de précision que son expérience lui permettait. Cela tournant souvent autour des fonctions digestives, Gertrud grimaçait avant de chasser les propos de sa duègne aussi bien qu'un insecte horripilant. Mais elle demeurait perplexe, et certaines attitudes trahissaient son intérêt. Philomène se prenait à espérer.
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13 février 2008
argile
Gertrud se relevait lentement, elle n'avait que peu d'énergie à consacrer à Philomène, et à son enfant. Oscar l'accaparait, il avait l'art de transformer un après-midi morose en confettis, le temps prenait la forme de vagues intervalles entre deux discussions. Les semaines passaient, Philomène désespérait de déposer Gédéon dans les bras de sa mère. À chacune de ses tentatives, Gertrud ignorait superbement l'enfant, ne posait pas même les yeux sur lui, au point que, désarmée, la gouvernante s'en retournait sans mot dire.

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10 février 2008
récréation
Et dans les premiers temps de sa réapparition, il se montra changé aux yeux de Philomène . Il n'évoqua pas Amilcar, se contenta de complimenter Gertrud sur sa bonne mine, l'enjoignant à sortir. Le temps était clément, le jardin à un pas seulement, et elle était restée enfermée si longtemps!
Même si son ton mielleux horripilait toujours la vieille femme, elle se réjouissait de tels progrès dans l'attitude de l'intrus. D'autant, nota-t-elle, qu'il lui adressait désormais directement la parole. Rien de très éloquent, seulement un bonjour, un signe de tête, mais qui donnaient enfin à Philomène l'impression d'exister au-delà de sa fonction.
Il était arrivé les bras chargés de présents, robes, chassures, et demandait sans cesse à Gertrud de les enfiler, laissait échapper parfois un sifflet admiratif à la limite du vulgaire. Mais il se reprenait toujours à temps. Il semblait prendre un plaisir innocent à observer les métamorphoses de sa protégée, on aurait dit un enfant jouant à la poupée.
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07 février 2008
tâche
Lentement, toutes ces bonnes âmes_qui n'avaient pas été invitées_ s'évaporaient littéralement. Par petits paquets elles n'aparaissaient plus, et Philomène, le coeur joyeux, prévoyait de réduire la quantité de thé et de biscuits qu'elle servait chaque jour. Enfin, il ne resta plus que quelques tristes bonnes femmes tentant vaguement de prendre racine, chaque jour, au pied du berceau.
Il ne fut pas difficile à la gouvernante de les congédier. Ils étaient enfin seuls, Gertrud allait pouvoir faire connaissance avec son fils, qu'elle n'avait pratiquement pas vu depuis sa naissance.
Deux jours passèrent avant le retour d'Oscar.

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04 février 2008
attrape
Il tentait désespérément de rester digne, sous son parapluie, au milieu d'une rue déserte. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de partir à pied par ce temps ? Il avait pourtant les moyens de payer le taxi... Il avait eu besoin de braver la pluie et maintenant il se sentait stupide, cheveux au vent.

L'oncle ne lui racontait que des balivernes depuis deux jours, il en avait assez de ces visites qui n'avaient ni queue ni tête. Et, bien sûr, il n'osait plus amener la question d'Amilcar sur le tapis. Que lui aurait dit le vieux? qu'il ne se souvenait plus, ou qu'il était malade, fatigué... Non, il valait sans doute mieux attendre encore un peu. ça finirait par venir.
Il avait rarement essuyé un grain aussi dense. Il parvenait en bas de l'immeuble trempé des pieds à la tête, et cet interphone de malheur fonctionnait une fois sur deux. Il dût bien sonner pendant cinq minutes avant qu'on lui ouvre.
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02 février 2008
visites

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