Le petit pleurait à chaudes larmes maintenant. À bord de l'auto, une main tremblante sur le contour d'osier du panier, Gertrud n'osait bouger. Était-il sale, avait-il faim? Sa lèvre supérieure frémissait tandis qu'un oeil hagard cherchait désespérément à croiser le regard du chauffeur. Elle ne pouvait rien dire, sous peine d'empirer les choses, mais elle brûlait de crier elle aussi, sans trop comprendre pourquoi.
Les deux mains posées sur le grand volant, les doigts crispés autour du plastique noir, Oscar fixait la route, évitant à tout prix de jeter un oeil au rétroviseur central sur le tableau de bord. Depuis vingt minutes qu'ils roulaient, son visage s'était peu à peu décoloré, ses traits tirés étaient autant de canaux le long desquels s'écoulaient de clairs filets de sueur. Il ne savait pas le moins du monde comment on s'y prend pour faire taire un bébé, craignait d'avoir commis une erreur irréparable en emportant l'enfant si loin de chez lui. S'il lui arrivait malheur...
Il crut s'étouffer, au comble de l'angoisse, lorsqu'en entrant dans le domaine, il aperçut la silhouette d'une Philomène aussi immobile qu'une statue, devant la maison.
Elle les attendait depuis une heure, la peur au ventre. Quelle idée saugrenue avait bien pu passer par leurs têtes malades ? Ils avaient littéralement soustrait Gédéon à sa vigilance, tandis qu'elle était occupée à préparer du café pour cet horrible personnage. Sans biberon, sans change, le petit presque déshydraté, à l'agonie, implorerait une mère incompétente.
Son coeur cessa de battre. Sous la pluie, entre les haies, elle voyait se dessiner le capot de la grosse voiture. À travers le pare-brise se découpait peu à peu le visage défait d'Oscar. Elle tenait l'occasion de le mettre dehors.