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01 janvier 2008

vagues

À cette époque, Amilcar avait déjà quitté le foyer conjugal. Gertrud, dont la grossesse n'était qu'un va et vien continu entre crises de nerfs et épisodes gargantuesques dans le garde-manger que les cuisinières familiales maintenaient à grand peine, avait fini par décider au grand dam de ses parents de vivre une existence recluse dans cette vieille demeure du Poitou. Là, elle commença par s'imbiber de toute une littérature sentimentale et désolante grâce à laquelle elle perdit en quelques mois tout sens de la retenue. 

Souvent, elle regardait la larme à l'oeil son nombril proéminent en déclarant:

— Ah, ma pauvre Philomène, s'il n'y avait pas ce ventre... quelle vie nous aurions toutes les deux!

Et elle vidait son verre de Gin avant de se resservir. Elle était sujette à une tension permanente qui la secouait. Les calmants qu'elle s'administrait à hautes doses n'y faisaient rien, et il fallut bien qu'elle acquière un grand cheval blanc pour parcourir les étendues lugubres au galop entre chien et loup. Souvent, sur les chemins qui bordent les cimetières, l'on voyait flotter de longs  foulards de soie blanche qu'elle laissait s'envoler à son gré. Le souffle rauque de sa monture chassait le silence dans les sous-bois brumeux à l'aube, elle rentrait souvent épuisée, les paupières lourdes. À plusieurs reprises, Philomène aurait pu jurer que le cheval était revenu seul au domaine, Gertrud étendue sur sa crinière.

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    Elle fit si bien qu'un matin, la gouvernante mélancolique la trouva clouée au lit, le souffle court, à bout de forces. Le médecin préconisa un prolongement de son alitement jusqu'au jour de sa délivrance. Philomène ne fut pas fâchée de se débarrasser de la rosse malfaisante. Elle l'avait toujours considérée d'un mauvais oeil, comme tout ce qui lui semblait trop sophistiqué. Après tout, un baudet valait bien un cheval, d'autant qu'il abattait un bien plus grand labeur et croquait bien moins d'avoine. 

Gertrud se renfrogna complètement, refusait le plus souvent de se nourrir, jusqu'à ce que la faim ne terrasse son entêtement.