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06 décembre 2007
vidée
La journée de Christine l'avait durement éprouvée. Elle avait eu une prise de bec avec une cliente à qui elle avait refilé un billet pour Venise. Après avoir payé, la dame était partie sans son ticket de carte bleue. Christine ne prenait généralement pas garde à ce genre d'oublis. Mais en fin d'après-midi, elle vit revenir la vieille femme, le regard brillant de colère.
Sa coiffure branla dangereusement lorsqu'elle poussa la porte. Dans la foulée, elle bouscula le monsieur assis au bureau de Christine. Le visage cramoisi, haletante, elle énonça ses griefs à haute voix. Deux personnes qui venaient d'entrer pour prendre des brochures s'en retournèrent aussitôt, les mains vides.

Elle avait dû attendre plusieurs semaines l'occasion d'un scandale; elle était dans un tel état qu'on se serait presque inquiété.
Évidemment, Crhistine avait mis un temps fou à retrouver le fichu ticket. De supporter Mémère qui semblait éprouver un plaisir tellement innocent à remâcher ses reproches, l'avait littéralement rincée.
En rentrant, elle avait fait un sort à la boîte de corn flakes à moitié entammée, ce qui l'avait tout de même bien détendue.
Elle regardait depuis quelques minutes par la fenêtre de la cuisine, tâchant vainement d'extraire quelques résidus restés fichés entre ses incisives, lorsqu'elle décida de se reprendre en main. Elle monta tout droit à l'étage, mais n'entra pas dans la salle de bains.
Au lieu de cela, elle ouvrit la porte de la petite chambre, se dirigea dans le même temps vers la chaîne hi-fi, en débitant:
—Tu vas me faire le plaisir d'éteindre cette radio, j'en ai plein les bottes!
Et sans attendre, elle coupa net la musique.
Céline, qui était restée allongée, releva la tête de sur son bouquin. Elle lança à sa mère un de ces regards dont seuls les adolescents ont le secret, et qui vous feraient passer pour un étranger sous votre propre toit.
Les bras croisés; Christine arpenta les quelques mètres qui la séparaient de la porte. En mère responsable, elle posa un oeil froid sur l'étendue autour du lit, puis désigna d'un geste théâtral le salmigondis:
—C'est quoi cette nouvelle mode? Tu as décidé de vivre dans un dépotoir?
La jeune fille allongée fixait toujours l'intruse.
—Laisse-moi. répondit-elle enfin, d'un ton désinvolte.
Christine, comme un enfant avec lequel on refuse de jouer, sentit son dos s'alourdir, ses épaules retomber. Elle ferma lentement la porte en sortant.
22:30 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman