« Pupille | Page d'accueil | dépouilles »
26 novembre 2007
alibis
Depuis leur retour, Céline passait tout son temps libre enfermée dans sa chambre, la radio branchée sur quelque soupe remixée au goût du jour. Quant à Christine, impossible de compter sur elle depuis sa rechute. La boulimie dont elle souffrait la jetait dans de telles angoisses qu'elle semblait en oublier le monde autour. On la voyait parfois errer, hagarde, entre la cuisine et les toilettes.
Gédéon aurait voulu se lamenter, mais il n'avait personne sur qui se répandre. Il avait attrapé froid, devait se soigner tout seul, ce qui enlevait toute douceur à ces états qui ne sont bons qu'à se blottir, la tête dans un giron familier, le soir, devant la télévision. De plus, au bureau, l'ambiance était très tendue, à cause de commandes qui étaient arrivées toutes en même temps. Les contrats avaient été décrochés à la chaîne; ça n'arrivait pas souvent. Au début, on avait sablé le champagne, les cravates dénouées, on dansait la farandole, il y avait du travail pour des mois! Assez vite, l'euphorie était retombée. Il était évident que l'on ne pourrait tout honorer dans les temps. Le cabinet avait eu les yeux plus gros que le ventre, comme il arrivait parfois. C'était aux employés comme Gédéon qu'on laissait le soin de tout digérer. Les heures s'empilaient jusqu'au plafond.

16:40 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman