« Papier | Page d'accueil | alibis »

23 novembre 2007

Pupille

En glissant les mains loin sous le sommier, elle réussit à attraper le bord de ce qui semblait bien être une boîte. Mais le poids de celle-ci la surprit, et le carton rompit de part et d'autre de ses doigts au moment où elle tirait dessus.

 

Dans la cuisine, où il se préparait un café en songeant à la silhouette entraperçue dans une rue de Poitiers, Gédéon vit entrer Céline, son grand sac à main en bandoulière.

—Où vas-tu comme ça, petite? Il la regardait par en dessous, un sourcil plus arqué que l'autre, comme il aimait à le faire. Il se prenait un peu pour un acteur américain dans ses oeuvres.

7af70497a8a4a86020f8f3c83dff4427.jpg

 

—Enfin Papa! rétorqua-t-elle froidement.

Elle le savait mal à l'aise sur certains sujets.  Elle grandissait vite, et, de plus en plus souvent, il était bien forcé de prendre en compte le fait qu'il s'adressait à une adulte. Très souvent. Bientôt il pourrait lui parler de choses. 

—Dis, demanda-t-elle en se retournant, la dame qui habitait ici...

—Philomène?  

—Oui... Où est-ce qu'elle.. Où a-t-elle...

—À l'hôpital.

—Oh. Je vois... 

Il se méprenait sans doute, mais elle avait presque l'air déçue. Peut-être était-elle plus mûre qu'il ne le pensait.

 

    Dans la caisse qu'elle avait réussi à dégager, elle avait découvert une collection de petits calepins à la couverture de cuir noir. Il y en avait cinquante, peut-être plus, tous parfaitement identiques, rangés dans ce vieux carton que l'humidité avait ramolli. Céline rayonnait. Elle avait trouvé quelque chose, malgré tout. Sous ses doigts elle frottait quelques taches de moisissure, sentait le vieux cuir lisse glisser comme peu de surfaces. Là dessous, un nombre incalculable de pages manuscrites, d'une écriture propre et serrée. Le journal de Philomène, à première vue, devait couvrir une quarantaine d'années. Elle éprouvait une peur panique à l'idée que son sac ne puisse pas tout contenir. 

 

Commentaires

Du nouveau du côté des albums.
À SUIVRE: Gédéon ne vaut pas un clou

Ecrit par : M.Fage | 23 novembre 2007

Intéressant. J'aime beaucoup "Bientôt il pourrait lui parler de choses. " Gédéon a l'air de préférer le bientôt, le demain, le plus tard... le jamais, quand il s'agit de ses relations avec les autres.
Je ne suis pas sûre de "petite". Ca sonne un peu bizarre. A moins que ce soit la voix de Gédéon qui sonne faux ?

Ecrit par : Jeanne | 24 novembre 2007

Certains passages demanderaient un peu plus de temps pour être peaufinés: dans ce petit paragraphe, et durant une seule réplique, Gédéon s'imagine dans la peau d'un Warren Beatty; il surjoue naturellement. La difficulté tient dans la manière de citer le film auquel je pense (Dick tracy), qui ne doit pas, à mon sens, être clairement explicité. Étant donné son jeu, on peut tout aussi bien imaginer Russel Crowe dans L.A confidential. En bref, s'il me semble naturel que la voix de Gédéon sonne faux, Il manque l'habillage qui permette de goûter cette intrusion. Ceci dit, elle est amenée d'assez loin ("tous les bibelots restent ici, tu n'y touches pas, compris? Etc" dans Grabat) mais sans doute tout ceci est un peu trop dilué...

Ecrit par : M.Fage | 24 novembre 2007

Je n'avais pas saisi cet aspect, sans doute à cause du côté haché de ma lecture. Mais maintenant et avec la description très visuelle du regard par en-dessous (impeccable), ça fait clic. J'essaierai de revenir en arrière avec cette idée en tête.
Je me disais justement il y a pas longtemps qu'il fallait que je voie Dick Tracy au plus vite...
On reparlera quand j'aurai des références ! ;-))
Fais attention, il paraît que la ligue de protection des mini Bruce Willis est sur le sentier de la guerre à cause de l'exploitation de l'un de ses membres, script non rémunéré sur l'un de tes albums photo.

Ecrit par : Jeanne | 24 novembre 2007

il sera au générique quand il aura des dents

Ecrit par : M.Fage | 25 novembre 2007