« grabat | Page d'accueil | Pupille »

19 novembre 2007

Papier

    Le soir venait, et Céline triait encore de vieilles robes noires, en pensant à la pélerine de l'abbé Pierre. Dans la petite chambre, il y avait pour toute fenêtre une lucarne au verre dépoli qui lui rappelait celle des toilettes, à la maison.

    Demain, pour la toussaint, ils iraient sans doute porter deux bouquets de chrysanthèmes au cimetière de Poitiers. Gédéon avait toujours eu un sens des convenances bien à lui. Jamais il n'avait négligé d'envoyer ne serait-ce qu'un mot pour l'anniversaire de sa mère. Aussi, lorsqu'il trouva, en ouvrant une petite boîte de bois précieux, une liasse de ces billets au style pour le moins laconique

4673cfa30c9c974addb9274413298704.jpg
 
Il écrasa une grosse larme sur sa joue, en songeant à chacun de ces jours où, en arrivant au boulot, il avait tiré un petit bout de canson de sous son pot à crayon pour écrire à sa mère. Amer, il se demandait d'où lui venait cette manière_ô combien étrange, il le savait_ qu'il avait de toujours chercher au fond de sa poche la plus petite de ses pièces, avant d'en faire l'aumône.
Pendant ce temps, dans l'ombre de la cellule où elle était seule, Céline, qui trouvait incohérente l'absence de papier sur un bureau par ailleurs très fourni en stylos, plumes, crayons entre autre matériel de calligraphie, s'était résolue à se mettre à quatre pattes afin se scruter, s'il lui était possible, le dessous du lit de la morte. Il lui semblait voir quelque chose, un carton à chaussures peut-être.