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13 novembre 2007

entonnoir

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—Bonsoir! qu'est-ce que je vous sers?
—Trois croissants...deux pains au chocolat, deux éclairs au café et, voyons... il vous reste des sandwiches?
—Jambon fromage.
—C'est de l'Emmental?
 —non, du Jura
—...
—C'est presque pareil, regardez...
—Je vous en prends un alors.
—Ce sera tout?

 
Christine ne pouvait pas résister à ce genre de question. Elle avait scruté les vitrines d'un oeil expert.
—Mettez-moi cette part de tarte, là.
 

Et la voilà qui s'empiffrait, assise à la table de la cuisine, seule. Elle s'inquiétait. Depuis combien de temps elle n'avait plus fait ce genre de crise? Elle ne se rappelait plus très bien la dernière. Souvent, certaines sessions mémorables, tant par les aliments que par les quantités lui revenaient comme des flashes.
Et il fallait que ça lui retombe dessus, alors qu'elle s'était imaginé, à force, être sortie de quelque part...
En sortant du travail, ce soir, elle n'avait pas pris la peine de réfléchir, et presque sans s'en être rendue compte, elle avait dévalisé la petite boulangerie du quartier. Personne à la maison depuis deux jours; sans doute était-ce simplement un peu d'ennui qui la tracassait. Elle fronça les sourcils sur son éclair, en se disant que, tout de même, ils auraient pu appeler. Pour donner des nouvelles, dire que tout va bien...que sais-je?

Dire qu'elle avait convaincu Gédéon, à grands coups de menaces, de prières, d'emmener sa fille à Poitiers. Après tout, c'était l'unique occasion pour elle d'entrevoir quelques détails de ce passé, enfoui en même temps que ses rares témoins. Christine savait pertinemment que Gédéon ne parlerait jamais de lui-même. Elle avait presque été surprise qu'il cède. Peut-être ne le connaissait-elle pas aussi bien qu'elle se l'imaginait? Elle soupira. Rien de tel qu'une débauche de pâtisseries pour réfléchir un peu.