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06 novembre 2007

repos

    Enfin dehors! Gédéon soufflait un peu, après avoir perdu sa matinée en paperasses. Ce satané notaire lui avait donné un compte-rendu des plus méticuleux sur ses possessions, et si au début cela était passé pour du zèle, ça avait fini par tourner à l'acharnement.  Jamais il n'avait imaginé que l'on puisse dresser un inventaire aussi complet des bibelots présents dans une maison. Bon... Il s'agissait en réalité d'un peu plus que des bibelots, d'après leur valeur. Quand il y songeait , tous ces tableaux, vases, oeufs... tous ces objets étranges au milieu desquels il avait grandi, sans jamais se douter que certains d'entre eux, uniques, méritaient un contrat d'assurance ! Oui, Gédéon savait qu'il était l'unique descendant d'une famille au nom illustre. Jamais il n'avait imaginé ceci. Et malgré les explications qu'on lui avait données, il comprenait mal comment on avait pu réduire le patrimoine de son grand-père à une invraisemblable collection accumulée en vrac dans une seule demeure. Ce n'était pas vraiment l'important. Il ne saurait sans doute jamais pourquoi ses grands-parents avaient joué les absents, au point de ne lui être que des visages sur quelques photographies. 

    Avec le recul, il commençait à se poser certaines questions. En premier lieu, il se demandait évidemment quel crime avait pu commettre Gertrud, pour mériter  d'être abandonnée de ses parents. Ensuite, comment l'idée de dilapider tout son héritage en retour avait pu aboutir à cet extraordinaire empilement d'objets de luxe. Comment Philomène avait-elle pu la laisser faire, elle, tellement dévouée à la famille? Peut-être s'était-elle sentie abandonnée elle aussi. En sortant du parking, la vieille Ford hoqueta. Une fois toutes ces histoires bouclées, ventes, honoraires, il en changerait. Peut-être pour une voiture de luxe... 

Il balançait entre cet état de béatitude cupide et un malaise au goût douceâtre_ on lui avait autrefois inculqué quelques rations de morale_ lorsqu'il arriva chez sa mère. Il entra au rez-de-chaussée, dans la cuisine où Philomène avait pour habitude de dîner, après avoir bordé Gertrud. Accoudée à la table, l'air blasé, Céline finissait de boire la brique de lait qu'elle avait emportée le matin pour la route. Elle plissait les yeux pour lire, sur le carton, les petits caractères. 

—Je vais allumer la chaudière, il fait un froid de canard là-dedans! Pourquoi tu ne m'as pas attendu dans le salon comme je t'avais dit?

— J'osais pas entrer... Avec tous ces morts.

Elle avait le chic pour l'embarrasser. Il resta interdit un long moment, à regarder avec un oeil plat sa fille, qu'il aurait voulu étrangler. Sans la tuer! Un peu comme dans les dessins animés, histoire de se détendre.   

Commentaires

Le mystère s'épassit...
Il va me falloir quelques minutes pour ne plus voir en Gédéon un bonhomme jaune avec trois cheveux sur le caillou après ça.

Ecrit par : Jeanne | 08 novembre 2007

Tooh

Ecrit par : M.Fage | 09 novembre 2007