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21 octobre 2007

Torve

   C'était une matinée brumeuse. Le ciel bleu, au-dessus du brouillard, était comme une apparition lointaine. Pas de quoi inspirer la foi. Il devait être neuf heures: quelques volets dans la ruelle étaient ouverts. Sur le trottoir, une femme marchait tant bien que mal. Parfois elle titubait sur deux pas, puis se reprenait. Parfois elle semblait divaguer, hébétée à la vue de perspectives douteuses voire improbables. Quelques villes de province les ont érigé en figure d'une soif d'absolu, mâtinée de ces prudences qu'ailleurs on nomme veuleries. 

 

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 Derrière certaine vitre close_ le froid peut parfois se montrer mordant en automne, à Poitiers_ l'observait peut-être quelque vieille femme, en se demandant si ces pas de côté et ces entrechats engourdis étaient dûs à une ivresse, ou si, tristement seule, la dame n'était pas sur le point de succomber à un malaise. 

En passant devant le pas d'un ancien hôtel particulier, elle frôla l'épaule de Gédéon attendant patiemment qu'on lui ouvre la porte de chez le notaire. Il se retourna sur la personne qui l'avait presque bousculé; à la façon dont les jambes remplissaient les hautes bottes de cuir, et au roulis des hanches, il devina une quadragénaire, célibataire sans doute. La silhouette lui sortit de l'esprit lorsqu'il entendit claquer le verrou. Il entra dans une petite cour intérieure bordée de jardinières, où se mouraient des géraniums épars.