Au premier abord, la télévision du matin est toujours décevante. C'est un pot-pourri de tout ce qui se fait de plus bâclé. Deux tranches de séries poussives aux acteurs décatis surmontées d'une émission sur l'actualité des stars. Au milieu de ce triste sandwich, un magazine pour les mères au foyer, et un autre, peuplé de truffes bien dévotes pour celle qui n'ont pas encore pondu.
Céline s'ennuyait, elle commençait à regretter de ne pas être retourné en cours ce matin. Elle n'avait pas si mal après tout...
Les teintes pâles des plateaux lui donnaient envie d'y mettre du sel. Ou du ketchup...
Peu à peu, la lassitude l'étourdissait. Sur ses épaules un abattement sans réel objet; dans le salon autour d'elle se reflétait toute la vacuité de ces scènes sans spectateurs où ne se jouait rien. Dans son univers de meubles inhabités, elle était seule devant le poste, et les femmes qui s'adressaient à elle avaient du mal à croire que quelqu'un les écoutait. Elle se doutait vaguement que cette tristesse était celle du retraité, du sans emploi. La désolation d'une existence désertée cherchant vainement un appui, une justification dans ce rapport étrange. Le besoin d'uriner se fit enfin sentir, et elle réussit à s'extirper de sa contemplation vertigineuse.