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23 septembre 2007
demeure
Ils terminèrent leur repas en silence, chacun rêvant à part. Le jeune serveur, désoeuvré, les observait appuyé sur le montant de la porte à battants qui donnait sur la cuisine. Comme il n'avait pas envie de faire la vaisselle, il restait là à écouter les tintements légers des ustensiles sur les assiettes. Enfin, Gédéon lui fit signe.
"—Apportez-nous donc la note, voulez-vous?
—Bien sûr..."
Comme il remplissait un chèque, il s'arrêta pour demander à Philomène:
"—Et maintenant, où est-ce qu'on va?
Il avait peur de bien connaître la réponse.
Un taxi les attendait dans la petite rue , devant la porte vitrée du restaurant. Ils roulèrent peu; la maison était située en périphérie de Poitiers. C'était là que Gertrud et Philomène avaient passé la majeure partie de leur triste existence commune.

Tandis qu'il regardait s'éloigner la voiture au fond de l'allée de cyprès, Gédéon sentait un poids ancien peser sur sa poitrine. Cette maison, ce gravier blanc sous ses pieds et cet escalier interminable avaient été le théâtre de son enfance, ternie par la solitude, parfois la peur. Il avait partagé ici avec Philomène une sujétion sans borne à la tyrannie délirante de Gertrud. En somme, seule l'horreur que sa présence inspirait à sa mère lui avait permis d'échapper à la vie recluse qu'avait mené la vieille gouvernante.
Lorsqu'il fut en âge, Gertrud avait ordonné qu'on l'envoie en pension. Aujourd'hui, il revenait, et planait autour de lui comme la crainte aérienne d'un cri d'hystérie, d'une violente dispute dont les éclats parviendraient jusqu'à lui.
Il n'osait pas entrer, Philomène passa la tête par la porte pour l'appeler. Gertrud avait laissé quelque chose pour lui.
22:05 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, littérature