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20 septembre 2007
marche
C'était vraisemblablement une de ces journées porteuses d'évènements, de ceux qui réorientent le cours d'une vie.
Philomène, avec sa maestria habituelle, avait réglé l'emploi du temps de Gédéon. Tout organiser, tout mesurer et mettre en scène, jusqu'au temps qui séparait le dîner du coucher, avait été son seul recours, lorsque Gertrud avait sombré dans la psychose la plus totale, afin de garder les pieds sur terre. Aujourd'hui elle ressemblait un peu à une machine qui continue de fonctionner tandis qu'autour a cessé d'exister le motif de sa marche empesée.
Ils déjeunèrent tous les deux dans un restaurant sans prétention de la ville haute. Si elle affectait une certaine sérénité dans ses traits étirés par la fatigue, les yeux de Philomène semblaient comme vidés de leur substance depuis la fin de la cérémonie. Le ton uniforme de sa voix, ses joues qui se creusaient: Gédéon, dont le coeur enflait jusqu'à lui faire pousser un soupir, entrait en vénération pour elle. Durant un très court instant, il se prit à penser que la vieille dame n'en avait plus pour longtemps.

Tout en souriant niaisement, elle avalait de toutes petites bouchées. Elle parla des derniers jours de Gertrud, dont les souvenirs s'étaient douloureusement éveillés; des remords dans la voix de celle-ci lorsqu'elle avait évoqué le passé, les regrets de n'avoir pas sû aimer son propre enfant...
"— Gertrud était une détraquée bêlante, qui aurait bien mérité...
Gédéon se mordit la lèvre pour s'empêcher d'aller plus loin. Mais Philomène ne semblait pas entendre, elle continuait de fuir du regard, de sourire en coin.
21:45 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, littérature