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16 septembre 2007
abri
En sortant de la gare, il traîna un peu les pieds dans des ruelles pittoresques. Ici un sex-shop, là un brocanteur avait fermé pour être remplacé par une boutique de téléphonie. Sur de nombreuses façades, sur les balcons, les volets, des panneaux de plastique ficelés à la hâte signalaient la mise en vente de maisons de ville. On devinait aisément derrière les volets clos des appartements sans charme, vides.
La chaleur le fatiguait. Il entra dans un café en se demandant s' il ne devait pas faire quelque chose au sujet de ses kilos superflus. À l'intérieur l'ambiance était, comme dans beaucoup de ces endroits, fraîche et sans intérêt. Gédéon commanda un demi tandis que les habitués grommelaient un peu moins fort qu'à l'accoutumée, probablement intimidés par l'intrusion, au milieu de la matinée, d'un individu sapé comme pour un enterrement. Le regard perdu dans le mur de bouteilles derrière le comptoir, il repensait au coup de fil de Philomène, quelques jours auparavant.
Il n'avait pas revu la vieille dame depuis qu'il était venu lui présenter sa femme. Il n'avait pas pris de nouvelles non plus. Cela remontait à six ou sept ans en arrière. Pourtant, au moment de décrocher le téléphone, il avait pensé à elle. Et c'était bien cette voix _ plus fatiguée qu'autrefois _ qui s'empêtrait dans toutes sortes d'explications saugrenues. Visiblement paniquée, elle lui annonçait la mort de Gertrud. Maintenant qu'il y songeait, son estomac se nouait jusqu'à lui couper toute envie de boire. Comme un poison remontaient des reproches qui ne trouveraient jamais l'occasion de s'exprimer. Il prit une cacahuète dans la coupelle sur le bar, et fila aux toilettes.

La porte de l'église était close, la messe était loin d'être finie lorsqu'il arriva sur le parvis. Devant, le personnel du service funèbre attendait sagement à côté du monospace qui servait de corbillard. Gédéon s'approcha d'une haie, sur le côté du temple, qui jetait à peine assez d'ombre pour s' abriter. Il n'avait aucune envie d'assiter à l'office. Il imaginait parfaitement Philomène en train de pleurer comme une vache, cette image le dégoûtait. Pourtant, s'il était venu, c'était mû par son attachement à la duègne de sa mère. Il s'en voulait un peu maintenant de ne pas être monté dans un train la veille, pour aider aux préparatifs. Non, il n'avait aucune envie d'assister à la messe. Ce serait assez de recevoir les condoléances au cimetière. Cela irait bien comme ça.
Enfin, on entendit des bruits qui provenaient de l'intérieur; le cortège ne tarderait pas à se former. On sortait, petit à petit. Quand il aperçut Philomène,

il se sentit coupable une fois encore, de n'être pas venu plus tôt pour la soutenir. Son attitude était d'une dignité exemplaire, et pour cause: elle n'avait personne sur qui se reposer. Lorsqu'il l'eut embrassé, elle esquissa un sourire.
-Tu es venu, dit-elle, soulagée. Une larme roulait sur cette joue usée. Gédéon la prit par le bras, sanglota un peu.
23:25 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, littérature
Commentaires
Bien le bonjour à l'écrivain.
Assez audacieux, de commencer un récit par la mention récurrente de l'ennui. Mais intéressant qu'au début de l'œuvre fasse écho la conception du lardon Gédéon.
En attendant la suite, belle vie aux aventures de Gédéon !
Ecrit par : Arnaud | 17 septembre 2007