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11 septembre 2007

Genèse IV

    Quelque chose s'était produit, et Gertrud ne parvenait pas à le comprendre. Mais elle restait convaincue que le médecin nourrissait de mauvaises dispositions à son égard. N'était-elle pas restée polie, avait-elle prononcé quelque parole malencontreuse? Sans doute. Car autrement, comment expliquer cette étrange rictus au coin des lèvres trop fines du petit bonhomme lorsqu'il lui avait annoncé sa grossesse?

Elle rentra chez elle dans un taxi, n'étant aucunement disposée à croiser le regard de son chauffeur. Elle appela sans tarder Philomène.

—Figure-toi, lui dit-elle, que cet excentrique me diagnostique une grossesse!

—Eh bien, mademoiselle?

—J'irai voir un autre médecin!

—Si je puis me permettre, il n'est pas besoin d'être docteur pour constater que vous attendez un enfant. 

 Philomène leva les yeux au ciel. 

—Cela me rappelle mes vingt ans... Et reposant son regard lourd de bienveillance sur Gertrud: Quel bonheur ineffable vous attend!

—Ah non! ne t'y mets pas toi aussi!

Gertrud la congédia.

Elle eut besoin d'une nuit entière.

Puis elle appela sa gouvernante:

—Oh Philomène, lui dit-elle, des larmes sur les joues, pourquoi? Pourquoi moi?

—Enfin, répondit la servante en plissant les yeux, vous devriez le savoir!

—Oh Philomène! mais que faire maintenant?

—Eh bien, en pareil cas, l'usage veut que ce soit le père de la demoiselle qui somme le jeune homme en cause de sauvegarder l'honneur de sa fille.

Gertrud manda donc  un télégramme à son père, en visite à un ami d'Amérique du Sud.

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Elle fit ensuite mener quelques recherches afin de découvrir où joindre sa mère, qui errait quelque par en Afrique.

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Enfin tout fut arrangé à la hâte, on envoya les faire-part un mois seulement avant la date retenue.

La cérémonie se déroula sans fioritures, on jasa beaucoup. Gertrud était couverte de honte, elle tenait à peine debout; elle ne s'était pas alimentée de toute une semaine pour rentrer dans sa robe d'un blanc immaculé. Amilcar dit "oui" sans desserrer les dents : son beau père avait eu recours à la menace pour le convaincre, alors qu'il en aimait une autre depuis plus d'un mois. Sans ce mariage, il aurait été totalement ostracisé; l'influence du père de Gertrud était sans mesure.

La mère de la mariée s'amusa beaucoup durant la réception, très heureuse de constater combien son petit monde, comme elle l'appelait s'égaillait en son absence. Elle put à loisir rire des excentricités de son ami médecin, qui ne cessa de s'enivrer en discourant des joies de la maternité. 

Enfin la fête eut raison de chacun, et l'on se désintéressa de la nouvelle famille ainsi formée.