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09 septembre 2007

Genèse III


 Paris était calme. Il y régnait une chaleur constante, l'atmosphère sereine était celle d'un cocon. 

Gertrud restait enfermée depuis plusieurs jours. Quand elle ne perdait pas son temps en essayages de robes mal taillées, elle le passait devant une psyché, à tâter ces étranges rondeurs qui s'obstinaient à grandir. Cela tournait proprement à l'obsession. Si bien qu'Amilcar, fatigué de ses interrogations puériles, prenait un peu de distance. On ne l'avait quasiment pas vu depuis leur retour de Méditerranée. 

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    Elle tournait et se retournait, tordait le cou pour tenter d'apercevoir un peu plus d'elle. Elle aurait voulu se voir de l'extérieur, pouvoir s'examiner sous chaque angle, et peut-être réaliser qu'elle ne changeait pas véritablement.

Sans cesse elle sollicitait l'intervention de sa gouvernante, Philomène, dont la patience n'avait d'égale que son sens de la pédagogie. Elle savait rassurer Gertrud et tentait, par allusions, de l'amener à se poser certaines questions. 

" Mais enfin Mademoiselle, vous êtes radieuse! répétait-elle à longueur de journée. Vous devriez sortir, une femme ne peut pas s'épanouir en restant cloîtrée! "

Mais Gertrud n'entendait rien, elle n'en finissait pas d'essayer de mincir, d'observer ce corps qui dans aucune robe digne de ce nom ne rentrait plus.

En désespoir de cause, Philomène réussit à la convaincre de consulter.

    La jeune fille s'en fut voir un grand professeur, ami de sa mère. Elle n'appréciait guère les médecins, estimant que certaines choses n'auraient jamais dû franchir les barrières de son intimité. Aussi, elle entra dans le cabinet avec une certaine appréhension. 

    Les étranges yeux ronds du praticien manquaient de fond. Il y avait en outre quelque chose d'inquiétant à l'entendre parler; ses manières semblaient par trop calculées pour être naturelles. Mais après tout, la réputation de l'homme étant sans tâche, elle devait lui accorder un minimum de confiance. Il ne lui ferait sans doute aucun mal.

Il l'invita à s'asseoir, en fit autant.

 

 

 

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—Dites-moi, comment se porte votre mère? demanda-t-il tout en tapotant ses doigts les uns contre les autres.


Gertrud lui avoua ne pas en savoir grand chose, Madame était en voyage autour du monde depuis plus de trois mois. 

La blouse immaculée au col trop bien ajusté raidissait un peu plus la silhouette déjà osseuse du petit homme. Il demeurait silencieux durant de longs instants, juste assez, à vrai dire, pour que cela devienne gênant. Mais Gertrud attendait qu'il prît la parole sagement, et observait, curieuse, l'étrange agencement du cabinet.

Le mauvais goût du professeur était légendaire. Sans doute l'avait-il contracté durant ses études, puis perfectionné de même que son savoir. Derrière son bureau où n'étaient qu'un stylo et quelques feuilles de papier blanc, le mur était entièrement occupé. Une collection de masques africains aux grimaces vulgaires côtoyait de petites vitrines suspendues, une bibliothèque médicale...Gertrud était frappée par la médiocrité de cette gouache du Vésuve en éruption  qui semblait chaperonner le docteur à la manière d'un perroquet sur l'épaule d'un pirate.  Sans aucun doute, se disait-elle, il l'avait réalisé lui-même.

Il se mit à griffonner  sur le papier devant lui et enfin: 

—Alors, Mademoiselle, qu'est-ce que je peux faire?

Gertrud tenta une vague explication au sujet de son poids...

—Bien bien, voyons ceci, lui dit-il en se levant.

Après un examen succint, il la pria de se rhabiller. Il attendit dans un de ces silences gênants qu'elle revienne s'asseoir au bureau.

Puis il lui posa quelques questions, ses étranges yeux la détaillaient.  

Vraisemblablement, aucun changement dans son hygiène de vie ne permettait d'expliquer une prise de poids aussi rapide.

—Peut-être devrions-nous pratiquer une analyse, parfois, un dérèglement hormonal...

Il s'était arrêté, se redressa en plissant un peu les yeux. Puis il demanda à Gertrud:

—Dites-moi, de quand datent vos dernières... choses?

—Quelles choses?demanda-t-elle ingénuement. Oh! 

Elle rougit. 

—À vrai dire... Maintenant que vous m'interrogez...

—Bien! ne cherchons plus alors! Vous attendez sans doute un enfant.