14 mai 2008
Jeanette IV

Et l'on pendouilla Pierre
Tra la la la la la la la la la la la la,
Et l'on pendouilla Pierre,
Et sa Jeanette avec

Et sa Jeanette avec.
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25 avril 2008
Jeanette III
Tu n'auras pas ton Pierre,
Tra la la la la la la la la la la la la,
Tu n'auras pas ton Pierre
Nous le pendouillerons (bis)

Si vous pendouillez Pierre
Tra la la la la la la la la la la la la,
Si vous pendouillez Pierre,
Pendouillez moi z'avec (bis)
21:00 Publié dans ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
15 avril 2008
Jeanette II
Je ne veux pas d'un prince,
Tra la la la la la la la la la la la la,

Encore moins d'un baron (bis)

Tra la la la la la la la la la la la la,
Je veux mon ami Pierre,
Celui qui est en prison (bis).
21:55 Publié dans ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
09 avril 2008
Jeanette I
Ne pleure pas, Jeannette,
Tra la la la la la la la la la la la la,

Ne pleure pas, Jeannette,
Nous te marierons (bis)
Avec le fils d'un prince,
Tra la la la la la la la la la la la la,
Avec le fils d'un prince

Ou celui d'un baron (bis)
21:48 Publié dans ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
01 avril 2008
Fadaises
Une nouvelle rubrique sur le blog "fadaises": les recettes d'Yvon. Aujourd'hui, improvisation autour d'un caviar.
08:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
25 mars 2008
Fin
Gédéon sera bientôt disponible en Pdf et en plusieurs parties dans l'entrepôt.
À suivre les derniers dessins dans l'album "Gédéon ne vaut pas un clou", puis une série d'"illustrations" autour de quelques monuments de la chanson pour enfants.
20:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
12 mars 2008
reliquat
Oscar n'avait pas reparu. Cependant au bout de quelques semaines, Gertrud avait reçu les premières pages de ce qui devint ensuite une abondande et délétère correspondance. Si l'accès aux lettres d'Oscar lui était totalement interdit, Philomène n'en percevait pas moins l'influence qu'elles étendaient sur le comportement de la jeune femme. Oubliés les longues après-midi, les incidents de parcours, le vieux bouc _car tel était son titre désormais_ se délectait en imaginant les abîmes dans lesquelles sa prose jetait Gertrud.
Tout se mêlait dans les propos de moins en moins cohérents qu'elle tenait à son réveil, à l'heure du repas, ou le soir. Tout se mêlait et revenait sans cesse. Toujours les mêmes histoires, Amilcar, le bébé... Et le temps perdait son sens si bien que Gédéon endossait à la fois toutes les responsabilités. Il n'était plus question pour la vieille de le faire accepter par sa mère, mais bien plutôt de le protéger de sa malveillance. Entre les hurlements de l'enfant et les cris, les injures, les crachats de Gertrud, Philomène n'eut bientôt plus la solution que de courber l'échine, d'avancer en regardant ses pieds. Son visage devenait froid, derrière ce mur tout se racornissait, se recroquevillait dans l'attente de jours meilleurs. Tout dans la demeure était triste et un peu monstrueux ; lorsque le soleil frappait aux carreaux on tirait les volets. Devant sa psyché on surprenait parfois Gertrud en train de lire une de ces lettres tout en posant pour un public absent sous la lumière artificielle qu'elle affectionnait. Là, enfin, tout se figeait dans l'attente imprécise d'un évènement grandiose.
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08 mars 2008
appréhension
La lampe de la cuisine jetait sa lumière blafarde sur une petite table rectangulaire aux pieds de métal. Le revêtement de formica bleuâtre sur lequel reposait le bol de Céline lui évoquait vaguement les ciels de ces mois où l'hiver regimbe contre la chaleur qui le pousse. De son chocolat au lait s'échappait un reste de vapeur; sur la table en face, Christine touillait son café dans un tintamarre qui horripilait la jeune fille. Elle soupira:
— Il t'a dit où il allait Papa?
Sa mère lui jeta un coup d'oeil indifférent en répondant par la négative. Depuis trois semaines, il n'avait pas passé un seul coup de fil. Elle doutait qu'il revienne un jour.
Céline demeura songeuse. Que serait la vie sans son père?

Sans doute s'en sortirait-elle.
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04 mars 2008
brouillon
Avait-il remarqué la mine défaite de Philomène?

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02 mars 2008
traits
Le vieil homme, le plus sérieusement du monde, avait pris dans ses mains les toutes petites paumes du nourrisson. Il les avait ensuite massées du bout de ses pouces, tournées sur le dos puis retournées en soupirant.
Philomène, à qui Gertrud finissait toujours par tout raconter, n'était pas aussi hermétique aux sciences occultes qu'elle l'aurait voulu. L'inquiétude qu'avait manifesté l'astrologue l'avait touchée, au point de la conduire dans ce cabinet de chiromancie par quelque chemin tortueux dont sa mémoire ne garderait pas une trace exacte. Elle s'était en quelque sorte réveillée assise là, le petit sur les genoux.
— Mmh... Avait fait le vieil homme à la sombre mine.
—Eh bien? La gouvernante, n'avait jamais levé les yeux du visage_ presque gracieux_ du bébé qui l'interrogeait.
—Eh bien, pas grand chose en réalité, voyez-vous, et il avait désigné une grosse ligne.
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28 février 2008
vagabond
— Ta mère et moi nous inquiétions tellement pour toi... Tu semblais tellement fragile, et regarde-toi aujourd'hui!
Le tonton radotait, Gédéon ne l'écoutait plus, passait des après-midi entières à regarder par la fenêtre les contours aqueux tracés méthodiquement à cette drôle de cité.
Depuis trois semaines qu'il visitait Oscar, il y prenait ses habitudes. Là, il apercevait le café où il entrait chaque matin pour causer avec le serveur français; plus haut, il y avait des allées, des ponts qu'il empruntait régulièrement, en manière de promenade. Amsterdam l'assimilait lentement à son paysage, elle ne s'étonnait plus de le voir passer, ennième âme égarée en son sein. Il y tournait, s'y arrêtait, reprenait son chemin, s'habituait à cette sorte d'inaction déambulatoire. Il goûtait avec une curieuse volupté sa condition d'étranger. Sa présence, superflue, était un ornement de plus au tableau dérisoire que se faisaient les touristes de la ville.
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25 février 2008
faute
Le petit pleurait à chaudes larmes maintenant. À bord de l'auto, une main tremblante sur le contour d'osier du panier, Gertrud n'osait bouger. Était-il sale, avait-il faim? Sa lèvre supérieure frémissait tandis qu'un oeil hagard cherchait désespérément à croiser le regard du chauffeur. Elle ne pouvait rien dire, sous peine d'empirer les choses, mais elle brûlait de crier elle aussi, sans trop comprendre pourquoi.


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20 février 2008
marche

Elle était très impressionnée par le jeu incessant de ses sourcils. Sur les genoux, elle portait le panier. Oscar l'avait laissée entrer seule dans ce bureau exigu où le prêtre officiait. Le thème astral de Gédéon était formel : sa destinée se révélait tout à fait exempte d'originalité. Mais le père Anatole tenait à rencontrer l'enfant afin de confirmer par la voyance les révélations astrales.
Il craignait que cette présence nouvelle venue ne déséquilibre la fragile harmonie qui régnait autour. Ce que, prenant le pouls au poignet potelé du nourrisson, il confirma à demi-mot. Le bébé pleurait sans conviction, comme pour marquer sa désapprobation à ce toucher clinique.
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18 février 2008
Routes
Le temps était maussade, la matinée s'étirait indéfiniment le long du fossé. À l'arrière de la grosse voiture, la passagère observait peut-être le paysage comme l'aurait fait un détenu le jour de sa libération.

À son côté, le panier balloté sur les cahots de la route, laissait parfois échapper un léger geignement. Le bébé dormait.
Gertrud avait décidé de l'emmener chez une connaissance d'Oscar. Elle espérait vaguement éclaircir le mystère qui entourait le petit être. Car à la fin, elle ne comprenait pas le sens de cette existence minuscule à laquelle il semblait voué.
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16 février 2008
moustiques
" Tu le sais, je n'aime pas jouer les oiseaux de malheur, mais ton petit, je l'ai bien regardé, il avait un je ne sais quoi, un détail qui me gênait... Eh bien il me semble que c'est dans ses yeux, vois-tu... il a quelque chose de malsain."
Après avoir surpris ces propos, Philomène ne se permit plus de douter que la présence de l'oncle Oscar avait quelque chose de fétide. S'il s'en prenait à l'enfant, il tâterait du rouleau à pâtisserie. En attendant, elle n'avait aucune idée sur la manière dont elle devait s'y prendre pour infléchir le jugement de Gertrud en faveur de son fils.
Au moins, cette dernière s'intéressait-elle désormais au contenu du berceau. Les pleurs de Gédéon ne lui auraient de toute façon pas laissé le choix, qui retentissaient jusque sur le chemin du domaine. Elle posait toutes sortes de question à sa servante, qui tentait de répondre avec autant de précision que son expérience lui permettait. Cela tournant souvent autour des fonctions digestives, Gertrud grimaçait avant de chasser les propos de sa duègne aussi bien qu'un insecte horripilant. Mais elle demeurait perplexe, et certaines attitudes trahissaient son intérêt. Philomène se prenait à espérer.
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13 février 2008
argile
Gertrud se relevait lentement, elle n'avait que peu d'énergie à consacrer à Philomène, et à son enfant. Oscar l'accaparait, il avait l'art de transformer un après-midi morose en confettis, le temps prenait la forme de vagues intervalles entre deux discussions. Les semaines passaient, Philomène désespérait de déposer Gédéon dans les bras de sa mère. À chacune de ses tentatives, Gertrud ignorait superbement l'enfant, ne posait pas même les yeux sur lui, au point que, désarmée, la gouvernante s'en retournait sans mot dire.

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10 février 2008
récréation
Et dans les premiers temps de sa réapparition, il se montra changé aux yeux de Philomène . Il n'évoqua pas Amilcar, se contenta de complimenter Gertrud sur sa bonne mine, l'enjoignant à sortir. Le temps était clément, le jardin à un pas seulement, et elle était restée enfermée si longtemps!
Même si son ton mielleux horripilait toujours la vieille femme, elle se réjouissait de tels progrès dans l'attitude de l'intrus. D'autant, nota-t-elle, qu'il lui adressait désormais directement la parole. Rien de très éloquent, seulement un bonjour, un signe de tête, mais qui donnaient enfin à Philomène l'impression d'exister au-delà de sa fonction.
Il était arrivé les bras chargés de présents, robes, chassures, et demandait sans cesse à Gertrud de les enfiler, laissait échapper parfois un sifflet admiratif à la limite du vulgaire. Mais il se reprenait toujours à temps. Il semblait prendre un plaisir innocent à observer les métamorphoses de sa protégée, on aurait dit un enfant jouant à la poupée.
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07 février 2008
tâche
Lentement, toutes ces bonnes âmes_qui n'avaient pas été invitées_ s'évaporaient littéralement. Par petits paquets elles n'aparaissaient plus, et Philomène, le coeur joyeux, prévoyait de réduire la quantité de thé et de biscuits qu'elle servait chaque jour. Enfin, il ne resta plus que quelques tristes bonnes femmes tentant vaguement de prendre racine, chaque jour, au pied du berceau.
Il ne fut pas difficile à la gouvernante de les congédier. Ils étaient enfin seuls, Gertrud allait pouvoir faire connaissance avec son fils, qu'elle n'avait pratiquement pas vu depuis sa naissance.
Deux jours passèrent avant le retour d'Oscar.

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04 février 2008
attrape
Il tentait désespérément de rester digne, sous son parapluie, au milieu d'une rue déserte. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de partir à pied par ce temps ? Il avait pourtant les moyens de payer le taxi... Il avait eu besoin de braver la pluie et maintenant il se sentait stupide, cheveux au vent.

L'oncle ne lui racontait que des balivernes depuis deux jours, il en avait assez de ces visites qui n'avaient ni queue ni tête. Et, bien sûr, il n'osait plus amener la question d'Amilcar sur le tapis. Que lui aurait dit le vieux? qu'il ne se souvenait plus, ou qu'il était malade, fatigué... Non, il valait sans doute mieux attendre encore un peu. ça finirait par venir.
Il avait rarement essuyé un grain aussi dense. Il parvenait en bas de l'immeuble trempé des pieds à la tête, et cet interphone de malheur fonctionnait une fois sur deux. Il dût bien sonner pendant cinq minutes avant qu'on lui ouvre.
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02 février 2008
visites

22:15 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
31 janvier 2008
encre
Gédéon s'était arrêté au milieu d'un petit pont de brique rouge et se perdait dans les reflets imprécis à la suface d'une eau saumâtre. Il était déjà tard; son hôte l'avait congédié sans ménagement; il était fatigué d'avoir trop parlé, avait besoin de calme...
L'air était presque froid, sous son manteau la maigre silhouette se raidissait en agrippant la rambarde, puis retombait un peu comme un morceau de voûte.

Il avait mal à la tête; la certitude de s'être fourvoyé en venant ici ajoutait à son amertume. Les mêmes doutes le tourmentaient sempiternellement, il n'était pas à sa place, il n'aurait pas dû... À la surface ondoyait la flaque de lumière qui tombait d'un lampadaire. Il devait se dépêcher de trouver un hôtel pour la nuit. Il reviendrait demain, avec des questions précises.
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27 janvier 2008
arrêt
Philomène fut incapable de déterminer le motif profond de cette mascarade. Elle sembla même un temps oublier jusqu'à l'existence de l'intrus, temps qui fut consacré aux préparatifs de l'accouchement. Le médecin qui s'occupait de Gertrud l'auscultait quotidiennement, semblait inquiet à l'approche du terme. Sans avoir besoin d'y être invité, Oscar ne parut plus. Et la jeune fille prenait finalement conscience de son état. Elle avait peur, tous les soirs Philomène lui lisait une histoire, de la mème manière que vingt ans auparavant, lorsqu'elle avait été engagée dans cette maison. Elle avait soigneusement conservé chacun de ces livres qui avaient été source d'images, de rêves que la petite lui confiait au matin, le visage chiffonné et la voix chevrottante.
Une si longue attente ne peut se résoudre que dans un souffle, et les quelques heures durant lesquelles la gouvernante assista le médecin au chevet de Gertrud lui firent sans doute l'effet d'un coup de tonnerre. Elle restait très marquée par la douleur que la jeune maman avait endurée, par la peur aussi. Nulle part dans son carnet elle ne mentionna le nourrisson, avant plusieurs semaines.
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24 janvier 2008
Mue

Il était préoccupé par l'héritage de Gertrud. Gédéon avait-il une idée de l'usage qu'il pourrait faire de tout cet argent ? Sans doute ne refuserait-il pas les conseils avisés de son vieil oncle.
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21 janvier 2008
macramé
Que voulait-il, au fond, ce serpent? Il était parvenu à se rendre indispensable aux yeux de Gertrud qui attendait avec une impatience puérile chacune de ses visites. Et il savait les retarder si besoin, les rapprocher lorsque le temps s'y prêtait. La pauvre petite en oubliait presque son état, et Philomène dût se résoudre à écrire à ses parents. C'était une chose d'évoquer l'improbable retour d'un mari évadé. ça relevait déjà d'une propension au charlatanisme. C'en était une autre que de prendre racine au chevet d'une jeune femme déjà tellement perturbée. Très vite, le clou fut si enfoncé qu'en entrant dans la chambre de Gertrud, on eut cru voir un Don Quichotte rêvant à haute voix de ses exploits chevaleresques. Elle serait bientôt mère, et s'affublait de dentelles.
Elle finirait par perdre toute retenue. Céline à l'oeil étonné déchiffra même en un endroit le mot "putain".
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17 janvier 2008
torpeur
Il était revenu, plusieurs fois. Son attitude à l'égard de Philomène la mettait hors d'elle. Il l'ignorait superbement, ne lui adressant jamais la parole, ne la gratifiant pas même d'un regard. Son oeil large à l'accent narquois, s'arrondissait et passait sur elle comme sur une tapisserie quelconque.
Au fil du temps, ses visites se rapprochaient, il entrait chez Gertrud sans même frapper, la trouvant parfois à moitié habillée. Alors il s'asseyait à côté d'elle et lui racontait quelqu'histoire à dormir debout au sujet d'Amilcar et de son amour toujours vivant. Tout le monde savait très bien que le mari de Gertrud n'éprouvait pour elle que du mépris. Mais elle, elle préférait écouter "oncle Oscar", qui lui remplissait la tête de balivernes, de rêveries dont elle n’avait aucun besoin dans son état.
Le soir, lorsqu’il s’en allait enfin, elle assommait la pauvre Philomène avec ses "mon Amilcar m'aime, j'en suis sûre maintenant", ses "il me reviendra".
La gouvernante avait même songé à rendre son tablier, lorsqu'il lui fallut préparer une chambre pour le "tonton", la première nuit où il resta. Mais elle tint bon, elle n'aurait pas supporté d'abandonner sa protégée à cet individu. Elle supportait tout, il s'installa peu à peu à domicile, mangeait, dormait, et tournait la tête de la jeune femme. De temps à autre, il prenait son auto et on ne le voyait plus de quelques jours. Il revenait avec de nouvelles histoires.
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15 janvier 2008
vertiges
Un après-midi qu'elle rentrait de Poitiers où elle était partie pour quelques course, Philomène faillit tomber de sa bicyclette en apercevant, garée devant la maison, à moins d'un mètre des portes, une de ces grosses voitures de m'as-tu-vu dont la vulgarité n'avait d'égale que la bouffissure qui caractérisait l'égo de leurs propriétaires. (sans doute l'âpreté de ces jugements avait à voir avec une profonde solitude éprouvée par Philomène)

Le malotru n'ayant évidemment pas été invité, elle se demandait qui se cachait derrière cette visite surprise, à quelques semaines de l'accouchement de Gertrud. Elle ne se l'avouait pas tout à fait, mais un espoir très ténu l'avait pincée durant un bref instant.
Les pensées se bousculaient tandis qu'elle accourait auprès de sa jeune maîtresse. L'individu, qui s'était introduit sans autorisation jusqu'à son chevet, lui tenait la main en lui parlant tout bas lorsque la gouvernante fit irruption dans la chambre, furieuse. Lorsqu'il se retourna pour la saluer, elle reconnut avec surprise un vague cousin de la famille, qui se faisait appeler Oscar. Sans avoir la moindre idée de ce qu'il était venu faire en ce lieu, elle conçut pour lui une aversion profonde, marquée de la certitude qu'un quasi inconnu de quarante ans passés n'a rien à faire dans la chambre d'une jeune parturiente.
Mais Philomène avait dû s'incliner devant la mine réjouie de Gertrud, à qui cette visite semblait avoir changé les idées. De toute façon, notait-elle, elle n'avait pas son mot à dire, en tant que domestique, sur les fréquentations de sa protégée.
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13 janvier 2008
Méandres
Tout, chez le vieillard, le déstabilisait. À commencer par cette étrange façon qu'il eût de faire asseoir Gédéon, et de rester debout.
Tout en discutant, il contemplait son image dans le grand miroir au cadre rococo qui dominait la pièce, au dessus de l'âtre. Quelques regards échangés par le biais de la glace lui suffisaient le plus souvent, mais il daignait parfois, pour souligner une intention, par jeu ou pour quelque obscure raison se retourner vers son invité, qu'il dominait alors de toute sa hauteur.
Gédéon, enfoncé entre les accoudoirs décidément bien trop élevés se sentait comme pris au fond d'un terrier.
— Vois-tu, mon lapin, je trouve que tu as été bien long à me rendre visite... Je t'attends depuis que Gertrud nous a quittés. Je pense souvent à elle, sais-tu... Quelle étonnante jeune femme elle a été !
De temps à autre, son regard fatigué s'étirait, tandis qu'un rictus contenu brisait la commissure de ses lèvres.
Gédéon, au ras du sol, le regardait néanmoins avec une insistance presque hostile.
—Dieu que tu ressembles à ton père, reprit Oscar avec un sourire mou. Je suppose que tu te demandes pour quelle raison je n'ai pas honoré de ma présence les funérailles de ta mère... Il se retourna vers le miroir, contemplait les rides sur ses joues tombantes... Passé un certain âge, affirma-t-il gravement, Il est des cérémonies que l'on préfère éviter. Tu ne m'en veux pas j'espère?
—Je ne sais pas trop, s'entendit répondre le jeune homme, comme en songe.
Oscar étouffa péniblement un rire, qui expira en un sifflement terrible.
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08 janvier 2008
verrou
Le chauffeur lui avait adressé la parole, et Gédéon s'était contenté de lui tendre son papier. Après une moue et un regard dans le rétroviseur, la mise en route du compteur, la voiture démarra.
Un long moment passa, durant lequel Gédéon eut tout loisir d'observer le cuir chevelu de son guide, qui le regardait parfois en tentant un mot ou deux. Comme il n'obtenait aucune réponse, il finit par se renfrogner totalement. En s'arrêtant devant une haute maison en bordure d'un canal, il dit encore quelques mots; Gédéon crut comprendre qu'il était arrivé. Il bafouilla un petit "merci" et le taxi lui soutira soixante euros.
C'était bien sa veine ! À côté de la porte il n'y avait nulle sonnette, mais un interphone. Il tergiversait pour déterminer quelle serait la meilleure conduite à tenir. Il prit finallement le parti de s'exprimer comme si de rien n'était, ce qui lui sembla sur le coup tout à fait judicieux.
Quand une voix de vieille femme répondit à son appel, il se contenta donc de bredouiller tant bien que mal qu'il était de la famille de monsieur Oscar, qu'il venait de France pour lui rendre visite. la porte s'ouvrit sans plus de commentaires.
Il monta un étage avant de rencontrer une dame âgée en habit de nurse qui lui faisait signe. Elle l'introduisit dans un salon dont l'agencement lui rappelait étrangement des images de son enfance. Des objets d'antiquaire exhibaient leurs dorures mates entre deux livres sur une bibliothèque pompeuse, un fauteuil aux accoudoirs trop élevés pour être confortables trônait au milieu de la pièce. Il n'avait même pas remarqué la présence du vieil homme à côté de lui, devant la cheminée.

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06 janvier 2008
taxi
Gédéon comptait le nombre de fois où il était sorti de son pays, ce qui tenait dans les doigts d'une main. Le wagon dans lequel il voyageait était peuplé de petits groupes qui discutaient calmement. Progressivement, Gédéon s'en apercevait, les propos qu'il n'entendait que vaguement perdaient de leur sens pour prendre l'aspect d'un brouhaha confus. Une sueur froide le saisit lorsqu'il réalisa que plus personne ne parlait sa langue autour de lui. C'était un aspect du voyage qu'il avait négligé jusqu'ici. Il se sentait seul, avec les trois mots d'anglais qu'il avait appris à l'école. Il regrettait presque d'être parti si vite. ll aurait préféré réfléchir à la stratégie à adopter pour rencontrer l'oncle Oscar. Mais Christine lui avait échauffé l'esprit avec son fiel, et maintenant il allait se perdre à Amsterdam avec pour tout guide une adresse écrite à la va-vite sur un post-it, héritage de sa mère. Maintenant, il se demandait bien ce qui lui avait pris de partir sur les traces d'Amilcar. N'importe quoi. Et pour qui le prendrait l'oncle Oscar ? Sans doute ce vieil homme dont il ne gardait qu'un très lointain souvenir refuserait d'écouter les élucubrations d'un illuminé en quête d'une figure paternelle...
Plus il doutait du bien fondé de sa démarche, et plus il se sentait ridicule, assis là au milieu de tous ces gens, comme un intrus.
La gare d'Amsterdam était immense. L'angoisse en augmentait encore les dimensions. Car ses sueurs s'étaient muées en tremblements, il avançait comme aveuglé par le flot d'informations incongrues, bousculait une personne, reculait pour s'excuser puis en bousculait une autre... Enfin il trouva la sortie. Il cherchait partout le mot taxi.
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01 janvier 2008
vagues
À cette époque, Amilcar avait déjà quitté le foyer conjugal. Gertrud, dont la grossesse n'était qu'un va et vien continu entre crises de nerfs et épisodes gargantuesques dans le garde-manger que les cuisinières familiales maintenaient à grand peine, avait fini par décider au grand dam de ses parents de vivre une existence recluse dans cette vieille demeure du Poitou. Là, elle commença par s'imbiber de toute une littérature sentimentale et désolante grâce à laquelle elle perdit en quelques mois tout sens de la retenue.
Souvent, elle regardait la larme à l'oeil son nombril proéminent en déclarant:
— Ah, ma pauvre Philomène, s'il n'y avait pas ce ventre... quelle vie nous aurions toutes les deux!
Et elle vidait son verre de Gin avant de se resservir. Elle était sujette à une tension permanente qui la secouait. Les calmants qu'elle s'administrait à hautes doses n'y faisaient rien, et il fallut bien qu'elle acquière un grand cheval blanc pour parcourir les étendues lugubres au galop entre chien et loup. Souvent, sur les chemins qui bordent les cimetières, l'on voyait flotter de longs foulards de soie blanche qu'elle laissait s'envoler à son gré. Le souffle rauque de sa monture chassait le silence dans les sous-bois brumeux à l'aube, elle rentrait souvent épuisée, les paupières lourdes. À plusieurs reprises, Philomène aurait pu jurer que le cheval était revenu seul au domaine, Gertrud étendue sur sa crinière.

Elle fit si bien qu'un matin, la gouvernante mélancolique la trouva clouée au lit, le souffle court, à bout de forces. Le médecin préconisa un prolongement de son alitement jusqu'au jour de sa délivrance. Philomène ne fut pas fâchée de se débarrasser de la rosse malfaisante. Elle l'avait toujours considérée d'un mauvais oeil, comme tout ce qui lui semblait trop sophistiqué. Après tout, un baudet valait bien un cheval, d'autant qu'il abattait un bien plus grand labeur et croquait bien moins d'avoine.
Gertrud se renfrogna complètement, refusait le plus souvent de se nourrir, jusqu'à ce que la faim ne terrasse son entêtement.
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22 décembre 2007
soupçons
Il avait posé quelques jours.
À Paris, le quai grouillait d'uniformes kakis et bleus. Il avait dû changer de gare. Il avait hésité à prendre un taxi, puis réalisé qu'il ne voulait pas voir la ville. Si propre en été, elle lui apparaissait dégoûtante dès l'automne, il lui semblait voir la transformation du docteur Jekyll en Hyde. L'hiver, elle lâchait la bride à ses instincts; ses démons sur le trottoir, ses mauvaises consciences dormaient sous des tentes. Ses déjections débordaient, venaient joncher le sol. Dans le froid elle se ramassait, les rues pullulaient comme pour se réchauffer un peu.
En bas, elle était moins sujette à ces variations. Le métro restait lui-même, qu'il soit plus ou moins bondé importait peu. Même un touriste pouvait s'y sentir à l'aise. Là, les mêmes figures, les mendiants, les jeunes, et, bien sûr, les travailleurs, exténués, s'en allant rejoindre la correspondance d'un RER à la destination lointaine. Des visages progressivement creusés, burinés par la fatigue. Tout était plus intense ici et Gédéon, tout en détaillant un jeune homme près de lui, jouait à s'inventer une vie de citadin.

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19 décembre 2007
Estampe
Petit à petit, des bribes s'ajoutaient à d'autres, s'emberlificotaient, devenaient des fils que Céline démêlait tant bien que mal. Et chaque jour elle s'absorbait un peu plus longtemps dans ses lectures. Elle poursuivait une anecdote à saute-page, renonçait, la retrouvait plus loin, puis passait à un autre objet. Sur son lit étalés, les cahiers de Philomène dormaient ouverts avec elle. Il lui semblaient désormais presque inépuisables, regorgeant de portes, de couloirs dans lesquels elle s'aventurait. Souvent, elle entrait avec Philomène dans la cuisine de la vieille demeure, pour ressortir par une trappe au grenier, une fenêtre ou le soupirail de la cave.
Mais rien jusque là n'avait attiré son attention autant que l'étrange monsieur qui était apparu quelques jours plus tôt, tandis que la gouvernante de Gertrud était sortie pour quelque course. D'abord surprise de trouver mention d'une personne extérieure à la maison dans ces pages, Céline fut très vite intriguée par l'animosité qu'il semblait éveiller chez la vieille dame, sous la plume de laquelle elle découvrait des mots bien grossiers, pour une fois. La présence d'un tel individu inquiétait Philomène. Céline, intriguée, avait dû se résoudre pour mener à bien ses recherches à ouvrir des cahiers d'abord laissés de côté. Après tout, elle était un peu lasse du relevé monotone auquel elle s'était livrée jusqu'ici, qui concernait uniquement les références à son père, enfant triste et ennuyeux pour lequel elle-même n'éprouvait que peu d'affection. Elle venait vraisemblablement de mettre la main sur du croustillant, se décida sans peine à laisser là pleurnicher Gédéon pour s'intéresser à l'oncle Oscar.
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17 décembre 2007
Cheveu

Une voiture passa dans la rue, le réveilla définitivement. Dommage, pensa-t-il comme il faisait demi-tour.
Il marcha sans trop penser, ses pas le portèrent jusque devant la gare.
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14 décembre 2007
masques
Plus elle avançait dans le déblayage des mémoires de Philomène, et plus Céline demeurait dubitative face à son père. Elle découvrait chaque jour les pans d'un passé trouble, moiré de folie, qui ne collait pas avec l'image d'homme équilibré qu'elle avait de Gédéon.
Ce mystère ne laissait pas de la tracasser. Derrière ce visage souvent placide, elle avait l'impression de voir courir en tous sens de sombres démons, oeuvrant à composer le visage même de la sérénité. Son propre père, qui, depuis qu'elle avait passé l'âge, ne lui semblait gère plus intrigant qu'un meuble quelconque, l'inquiétait. Car peut-être ne contenait-il qu'à grand peine certains transports. Désormais, elle voyait en lui un psychopathe prêt à se révéler, et chaque jour qui passait sans que Gédéon n'ait massacré tous ses collègues de bureau ou pris en otage son patron lui semblait un pas de plus vers un inexorable épisode tragique.
À certains endroits, sans plus d'explication, Philomène avait noté des chiffres, avec le nom d'un médicament correspondant. Suivait parfois un commentaire laconique: faible réaction / Effet trop long / Divague... Céline n'était pas sûre de bien comprendre à qui étaient administrés ces barbituriques.
21:15 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
12 décembre 2007
Soupe
Ce samedi-là, le souper les trouva réunis. On entendait le cliquetis des fourchettes sur les sufaces émaillées, parfois un verre tintait dans le vide. Céline triturait distraitement un morceau de poisson pané qui flottait presque dans le jus de ses petits pois. Elle jetait parfois un regard furtif à son père, puis retournait, songeuse, dans son assiette.
Gédéon, tout en tranchant un morceau de pain, se racla la gorge.
—Alors, hasarda-t-il, comment se sont passées vos journées à toutes les deux?
—Bof, répondit Céline à son père, tandis que Christine, exhibant ses cernes, planta ses deux plus gros yeux sur lui, sans commentaire.
—On devrait prendre des vacances, lança-t-il après une hésitation. D'ailleurs je vais poser quelques jours dès lundi!
—Ah ? Et en quel honneur ?
Christine ne le lâchait pas des yeux. Gédéon haussa les épaules, il ressemblait un peu à une tortue.

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09 décembre 2007
Goutte

Il ne se souvenait pas bien de la dernière fois où il avait pris une douche bien chaude le soir après le travail. Aujourd'hui, il avait envie de se délasser. Il tentait en vain de réfléchir depuis qu'il était rentré. Presque une bonne journée, aucun dossier urgent à traiter, il avait même bu un café avec un collègue, histoire de se changer les idées. Devant le distributeur, Paul l'avait bassiné avec ses histoires de loto. Il voulait l'embringuer dans une histoire de jeu en commun, comme ça se fait dans certaines entreprises... Et le voilà parti dans des rêves de grandeur, des "si je gagne..." qui sont censés vous changer la vie.
À son retour à la maison, il avait trouvé du courrier. Le notaire lui décrivait l'avancement de ses affaires, un acheteur s'était présenté pour la maison de Gertrud. D'autre part, la vente aux enchères qu'ils avaient décidé d'organiser à partir de la collection de "bibelots" de sa mère se tiendrait bientôt. Sous peu, tout serait réglé, et Gédéon disposerait d'un capital non négligeable. Peut-être devait-il songer à investir...
Ce n'était pas exactement ce à quoi il pensait tandis que de petits filets d'eau brûlante picotaient son front dégarni. Pour commencer, il avait envie de prendre du bon temps. Ensuite, il verrait. Malheureusement, il n'avait pas le commencement d'une idée.
Il décida, en se séchant, de revenir à ces réflexions durant le weekend. Pour l'instant, il lui fallait dormir.
21:05 Publié dans Gédéon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, litterature, roman
06 décembre 2007
vidée
La journée de Christine l'avait durement éprouvée. Elle avait eu une prise de bec avec une cliente à qui elle avait refilé un billet pour Venise. Après avoir payé, la dame était partie sans son ticket de carte bleue. Christine ne prenait généralement pas garde à ce genre d'oublis. Mais en fin d'après-midi, elle vit revenir la vieille femme, le regard brillant de colère.
Sa coiffure branla dangereusement lorsqu'elle poussa la porte. Dans la foulée, elle bouscula le monsieur assis au bureau de Christine. Le visage cramoisi, haletante, elle énonça ses griefs à haute voix. Deux personnes qui venaient d'entrer pour prendre des brochures s'en retournèrent aussitôt, les mains vides.

Elle avait dû attendre plusieurs semaines l'occasion d'un scandale; elle était dans un tel état qu'on se serait presque inquiété.
Évidemment, Crhistine avait mis un temps fou à retrouver le fichu ticket. De supporter Mémère qui semblait éprouver un plaisir tellement innocent à remâcher ses reproches, l'avait littéralement rincée.
En rentrant, elle avait fait un sort à la boîte de corn flakes à moitié entammée, ce qui l'avait tout de même bien détendue.
Elle regardait depuis quelques minutes par la fenêtre de la cuisine, tâchant vainement d'extraire quelques résidus restés fichés entre ses incisives, lorsqu'elle décida de se reprendre en main. Elle monta tout droit à l'étage, mais n'entra pas dans la salle de bains.
Au lieu de cela, elle ouvrit la porte de la petite chambre, se dirigea dans le même temps vers la chaîne hi-fi, en débitant:
—Tu vas me faire le plaisir d'éteindre cette radio, j'en ai plein les bottes!
Et sans attendre, elle coupa net la musique.
Céline, qui était restée allongée, releva la tête de sur son bouquin. Elle lança à sa mère un de ces regards dont seuls les adolescents ont le secret, et qui vous feraient passer pour un étranger sous votre propre toit.
Les bras croisés; Christine arpenta les quelques mètres qui la séparaient de la porte. En mère responsable, elle posa un oeil froid sur l'étendue autour du lit, puis désigna d'un geste théâtral le salmigondis:
—C'est quoi cette nouvelle mode? Tu as décidé de vivre dans un dépotoir?
La jeune fille allongée fixait toujours l'intruse.
—Laisse-moi. répondit-elle enfin, d'un ton désinvolte.
Christine, comme un enfant avec lequel on refuse de jouer, sentit son dos s'alourdir, ses épaules retomber. Elle ferma lentement la porte en sortant.
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04 décembre 2007
Lorgnette
Une fois de plus, elle s'était endormie sur une de ces pages dont elle ne saisissait que de vagues allusions, des évènements aux contours mal définis. Elle se souvenait de quelques marchés aux puces, d'autres vides-greniers où elle tombait sans cesse sur de ces outils dont on a perdu le sens. L'émotion bariolée que procurent de telles confrontations l'ennuyait au plus haut point.
En regardant son radio réveil dont les chiffres rouges, de l'autre côté du lit, affichaient deux heures moins le quart, elle s'aperçut que ses lunettes n'étaient plus à leur place. Elle jeta un oeil sur le cahier ouvert, où un filet de salive avait délavé quelques lignes, au milieu. Ce n' était rien.
Elle leva la tête, fit un rapide tour d'horizon. Toujours à la recherche de ces verres qu'elle ne portait qu'à la maison _elle supportait juste assez ses lentilles pour se permettre de les porter en cours_ elle trouva le désordre ambiant plutôt navrant. Un paquet de biscuits au chocolat, ouvert au pied du lit, sur la couette, crachait quelques miettes, répandant une odeur importune. Cà et là les feuilles sur lesquelles étaient notés certains de ses cours, et qu'elle n'avait pas eu l'idée de ranger tant elle avait été absorbée par ses recherches...
Elle poussa un long soupir. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt sur le moment où sa vie de petite fille avait mué en cette étrange existence, qui ressemblait souvent à un mic-mac sans queue ni tête. Il y avait des détritus, et des antiquités, et parfois des choses indéfinies... Dieu, qu'elle se sentait seule!
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02 décembre 2007
Cris
Les lectures se succédaient. Malgré tout, il arrivait qu'une phrase résonne longtemps après qu'elle l'ait lue, prenne un sens nouveau au contact d'une autre, si bien que Céline crut peu à peu deviner comment classer les cahiers. Tout d'abord, elle prit le parti de ne conserver que ceux dans lesquels il était fait mention de son père. Après tout, c'était bien de cela qu'il s'agissait. Pour le reste, elle aurait tout le tempsplus tard.
Certains passages se révélaient très émouvants. Elle faillit verser une larme lorqu'elle découvrit que Gédéon faisait peine tant il avait été un bébé disgracieux.
Philomène éprouvait bien des difficultés, elle se lamentait souvent sur son journal. Gertrud, qui vivait une période Marilyn très torturée, ne lui laissait pas une minute de répit dans la journée. Alors que le petit, âgé seulement de quelques mois aurait mérité toutes les attentions, il demeurait dans son landau, souvent très sale, affamé, durant des heures.

La brave gouvernante finissait néanmoins toujours par s'occuper du change et du biberon, ce qui l'amenait sans broncher à passer de l'un à l'autre de ses "petits" jusqu'à ce que tout fut en ordre. Les journées étaient longues, les nuits courtes et comme hâchées de lumière artificielle.
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